Ressources

L’eau a des enjeux social et économique à Madagascar

L’eau, cet élément vital que tout le monde appelle « or bleu », se tarit progressivement tant sur le plan national que mondial.

 

A Madagascar, la commission Eau au sein de l’Alliance Voahary Gasy tire la sonnette d’alarme et démontre que cette richesse fait actuellement l’objet d’un investissement économique dont les résultats ne profitent pas à l’ensemble de la population. Face à la forte croissance démographique, l’accès à l’eau devient de plus en plus difficile. Le pays dispose de plusieurs ressources en eau. Cependant, elles ne sont pas optimisées donc considérées comme facteurs de blocage au développement.

« En terme économique, le pays possède une forte potentialité agricole en raison des sources d’eau qui existent. Comme plus de 80% de la population active dépendent de l’agriculture et que cette vaste filière génère 45% du produit intérieur brut, nous pouvons déjà imaginer notre futur grâce aux ressources qui nous sont données. La riziculture détermine notre base alimentaire et économique, alors il importe d’asseoir la bonne gouvernance afin de rentabiliser les rizières, les infrastructures d’irrigation, les semences et les engrais. Durant la première République, Madagascar a exporté du riz et si nous voulons retrouver cette position, il faut reconsidérer ces points. Aujourd’hui, il faut également opter pour un bon plan d’urbanisation pour avoir un réseau d’évacuation car en ce moment, ce sont les rizières qui recueillent les eaux et forment des zones imperméables », soutient Hanta Rabetaliana, présidente de la commission Eau.

Elle établit la relation entre l’eau, l’environnement, la production agricole et la pauvreté de la population. Elle cite en exemple le cas de la dégradation des bassins versants environnant le lac Aloatra et son impact direct sur les habitants. Elle relate que les feux de brousse érodent le sol, lequel se laisse drainer par les eaux de pluie. « Il ruisselle et déchoit dans les rizières et dans le lac. L’ensablement anéantit la production rizicole et intoxique les espèces de poissons. Par conséquent, les paysans placent leurs investissements dans l’agriculture et la pêche qui ne leur rapportent presque rien », explique-t-elle.

 

Disponibilité

La disponibilité et l’accessibilité à l’eau demeurent, de ce fait, un luxe. Dans une zone rurale, s’il y a cent points d’eau, seule une vingtaine fonctionne. Or, l’accès à l’eau est un droit universel et chaque ménage mérite de jouir de ce droit fondamental. Certaines communes adoptent le système de fiscalité qui leur permet de bénéficier d’une surtaxe visant à améliorer les conditions de vie de leurs habitants. Le Code de l’Eau stipule le paiement de l’eau et cet échange de service apporte des valeurs économiques aux communes.

L’exemple de la commune urbaine d’Andapa et de la commune rurale de Fihaonana démontre la réussite de cette fiscalité. Pour la première, la Jirama gère l’eau et elle verse une surtaxe d’Ar 55 millions par an à la commune qui, en retour, procède aux travaux d’extension du réseau pour que les ménages ne souffrent plus du manque d’eau.

Pour la seconde, la commune perçoit la moitié de ses recettes grâce aux rétributions de la compagnie Star qui utilise la source d’Andranovelona. La commune de Fihaonana n’oublie pas de se pencher sur le côté social des habitants afin de leur procurer le bien-être dont ils ont besoin. Pour la commission Eau de l’alliance, tout est question de stratégie par rapport à l’investissement et par rapport à l’aménagement du territoire, et elle interpelle les dirigeants à se concerter sur les politiques nationales en matière de gestion d’eau.

 

 

 

Tendance mondiale

Attention au système de « Land Grabbing »

 

Dans les pays comme la Chine et l’Inde, la forte croissance de la population est si flagrante que les gouvernements exigent de ne pas gaspiller les ressources comme l’eau et décident d’importer des produits agricoles. Ils passent actuellement au système de « Land Grabbing » en louant des terres en Afrique sans aucun concept « gagnant-gagnant ». Une vingtaine de pays africains se consacrent maintenant aux types d’agriculture qui consomment davantage d’eau. Les propriétaires fonciers sont les salariés du système, mais ils ne bénéficient même pas d’un seul kilogramme des produits. Sur le territoire national, des entreprises s’installent et accaparent des terrains, passent au remblai et exploitent chaque millimètre d’un lot. Les activités des industries textiles qui déversent leurs eaux usées non traitées, des industries extractives qui ne se conforment pas au décret de Mise en compatibilité (MECIE) et des immobiliers qui remblaient des terrains sont des dangers imminents pour la population locale qui connaîtra tôt ou tard la désertification, les maladies toxiques et les éternelles inondations.

 

ENCADRE

Les liens entre l’eau et le régime

Si un Occidental consomme environ 4 000 litres d’eau par jour (pour un régime alimentaire virtuel), un Indien ou un Chinois n’en consomme que le quart. Dans le contexte de globalisation, la production d’un litre de lait nécessite 790 litres d’eau contre 1 000 litres d’eau pour la production d’un kilo de blé. Tandis que pour avoir un kilo de viande de bœuf, il faut gaspiller jusqu’à 15 500 litres d’eau. Selon une étude menée par Betty Barlet Bas, les familles aisées consomment plus d’eau que les familles modestes avec les proportions suivantes : 39% pour le bain/douche, 20% pour les toilettes, 12% pour la lessive, 7% pour la cuisson/boisson, 6% destinés au jardinage et au lavage des voitures et 6% affectés à d’autres besoins.

 


Questions à

Hanta Rabetaliana

« Je suis plutôt favorable à la vente de l’eau »

Hanta Rabetaliana, présidente de la commission Eau de l’Alliance Voahary Gasy indique que l’exportation de l’eau peut générer des devises.

 

. Quels sont les avantages de Madagascar par rapport aux autres pays en ce qui concerne les ressources en eau ?

Madagascar est un pays béni car il possède des ressources en eau abondantes et disponibles avec sa pluviométrie de 1 500 millimètres par an en moyenne. Je ne parle pas de la proportion par région car certaines localités situées dans les cuvettes ont plus de cette moyenne alors que d’autres en ont moins mais pourraient avoir des réserves souterraines.

 

. Comment expliquer la mauvaise répartition d’eau parmi les usagers ?

Disons que la faille provient du prélèvement des taxes que les industries doivent verser dans les caisses de l’Etat et de l'absence du recouvrement. Des industriels ne s’acquittent pas de leurs dus et la compagnie d’eau n’est pas en mesure de satisfaire les besoins des usagers.

 

Farah Randrianasolo

 

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