Le Champ Ecole Paysan d’Antevamena Soaserana : un immense tableau d’apprentissage pour les agriculteurs
 

Faire de l'agriculture nécessite un minimum de connaissances sur les techniques agriculturales car si un paysan persiste à cultiver sur des bases traditionnelles, il ne réussira pas à améliorer sa productivité. Un site modèle a été mis en place en juin 2011 dans le fokontany d'Antevamena Soaserana, commune rurale d'Ambatolahy, située dans la province de Tuléar et fait justement cela. Il s'agit du Champ Ecole Paysan (CEP) « Mifankatiava », qui fait partie du Programme d'Appui à la Résilience aux Crises Alimentaires à Madagascar (PARECAM), grandement financé par l'Union Européenne à la suite de la crise alimentaire mondiale en 2008.

Ce champ s'étend sur une superficie de 2,5 hectares et sert de tableau d'apprentissage aux 18 paysans qui remettent à niveau leurs connaissances avec les nouvelles techniques dites « améliorées ». Avant la mise en place de ce projet dans le fokontany, ces paysans travaillaient sur une base pilote depuis 2009. En juin 2011, le CEP a fonctionné et l'approche a varié selon le pôle d'activité en sachant qu'un groupement de paysans ou des familles travaillant dans la même lignée pourraient former un CEP.

Les paysans de la région ont rencontré pendant plusieurs années des problèmes causés par une mauvaise maîtrise de l'eau car seule la pluviométrie assurait l'arrosage des champs. Ils pouvaient toujours se concentrer sur la riziculture et mais même temps, ils ont introduit la culture du haricot. « Chaque apprenant possède sa parcelle où il applique les techniques de semis, de sarclage, de sondage de rendement et de traitement phytosanitaire que nous lui avons inculquées. Nous n'utilisons aucun engrais puisque nous travaillons sur un fond qui est très fertile. Ils s'étonnent des résultats car avec seulement trois graines mises en terre, il en sort 25 gousses de haricots», raconte Herinjaka Rason, technicien agricole d'Ambatolahy.

Hormis l'appui technique, les paysans peuvent utiliser des équipements mis à leur disposition tels que la charrue et la herse pour planter les semences fournies par le programme. Une fois la culture maîtrisée, ils sont formés aux techniques de commercialisation leur permettant d'écouler leurs produits sur le marché communal, tout comme ils sont initiés au stockage en attention la fin de la construction d'un Grenier Communautaire Villageois (GCV). Différents CEP coexistent actuellement dans cette commune et pour différentes cultures, à savoir le haricot, le riz de saison et contre-saison, l'oignon et des essais auront prochainement lieu sur les lentilles et le maïs.

Comment convaincre les paysans à adopter des techniques agriculturales modernes ? C'est là tout le défi à relever. Il s'avère presque impossible de les persuader à changer de procédures mais le changement climatique et les mauvais rendements vont les y contraindre. Jacqueline Ratamara, 60 ans, propriétaire terrienne qui habite Antevamena Soaserana, figure parmi les apprenants du CEP. Elle s'était consacrée à la riziculture et en a tiré peu de gains. « Je travaille sur un demi hectare de terrain et je ne récolte que dix sacs de riz. Cette production est le résultat d'une culture traditionnelle sans engrais », avance-t-elle.

La nouvelle culture de haricots l'a séduite et elle a rejoint les autres paysans. Elle a bénéficié d'une dotation d'équipements - charrue et herse - mais aussi de semences offerts à tous les apprenants. Deux mois après le lancement du projet, Jacqueline Ratamara a déjà des retombées de ces nouvelles techniques agriculturales. « Je suis très contente car avec un trou et trois graines, le plant qui émerge comporte une vingtaine de gousses. C'est très encourageant. Nous n'avons pas besoin d'arroser car le sol est déjà humide. Même si j'ai des appréhensions, je m'accroche car la récolte me revient de droit et je pourrais la vendre », ajoute-t-elle.

Jusqu'à présent, Jacqueline Ratamara a droit à 37 kapoaka de semences (unité de mesure malgache). Elle n'a pas encore reçu de formation sur la commercialisation de sa récolte. Elle se prépare déjà pour la vente de ses produits. « Cultiver le riz est une affaire et le haricot en est une autre. Nous avons un grand avantage, celui de disposer d'un quart d'hectare de terre. Outre le terrain que nous exploitons au Champ Ecole, j'applique les leçons sur l'autre périmètre où mes haricots vraiment poussent bien. Je vais les sécher et les écouler dans notre fokontany. Je crois que l'argent du haricot me permettra d'économiser pour mes deux neveux dont j'ai la charge», poursuit-elle. Pour le moment, Jacqueline Ratamara travaille quasiment en isolation, si ce n'est l'aide fournie par un de ses neveux. Elle souhaite cependant recruter de la main d'œuvre additionnelle qui s'occuperait à la fois de ses rizières et de son champ de haricots.

Comme tous les cultivateurs, elle rêve d'obtenir des revenus appréciables pour qu'elle puisse améliorer ses conditions de vie, s'acheter d'autres semences et des équipements facilitant le labourage. Jacqueline Ratamara veut aussi s'essayer à la culture du maïs et éventuellement des lentilles afin de varier sa production. Pour l'heure, elle vend surtout à ses voisins mais veut accroître le rendement de ses plantes pour pouvoir écouler une partie de sa production au marché communal.

Ce programme est conforme aux recommandations du Protocole de la SADC sur le Genre et le Développement qui demande aux Etats membres de tout mettre en œuvre pour favoriser l'émergence des femmes dans tous les secteurs. Madagascar en est signataire et l'a même ratifié. Il l'applique désormais.

Farah Randrianasolo
(Cet article fait partie du service de commentaires et d'opinions de Gender Links)
 

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