Les médias jouent un rôle crucial dans la préservation

Danger et complication. Ces mots résument la difficulté du travail des journalistes lorsqu’ils réalisent une investigation sur le trafic et l’exploitation illégale des ressources naturelles. Conservation International prodigue trois séries de formations en matière d’investigation à l’intention d’une quarantaine de journalistes issus des quatre coins de l’île, à travers le programme « Preserving Madagascar’s natural resources ».

Pour l’organisateur, il s’agit d’améliorer la couverture médiatique sur les pratiques abusives qui pèsent sur les ressources naturelles en suivant les techniques d’enquête, les normes professionnelles et en répondant au code d’éthique de la profession. « L’investigation à Madagascar s’avère difficile car les journalistes font face aux trafiquants, dénoncent leurs actes et parfois, ce qu’ils diffusent peut être retenu contre eux. Si jamais, il leur arrive de mentionner un nom, cela peut être considéré comme une diffamation et leur coûter cher. Dans le contexte sociopolitique du pays, rechercher et révéler la vérité sont choses dangereuses », lance Harimbola Rasoloarison, journaliste de la capitale.

Sabotsy José de l’Association des journalistes de Toamasina poursuit que l’investigation se définit comme une mission périlleuse car un mot qui nuit à l’intérêt des trafiquants, se répercute sur le travail, vaut un mandat d’arrêt et fait l’objet d’une nouvelle enquête approfondie sur le journaliste et ses sources. Il soutient également que les journalistes sont des partenaires incontournables pour les éléments des forces de l’ordre parce que les informations qu’ils détiennent donnent de nouvelles pistes aux enquêteurs.

 Dilemme

Le partage d’expériences entre les participants permet de savoir que, même si le journaliste croit qu’il a bien agi au nom de l’intérêt public, il rencontre la restriction et la limitation de la liberté d’informer.

« Tout le monde se demande pourquoi les ‘gros poissons’ restent en liberté. Le trafic de bois de rose, d’amphibiens et de reptiles existe, mais personne ne connaît la suite de l’affaire, comme si on essaie de l’étouffer pour que l’on ne sache jamais qui en est le cerveau. Si vous avez des éléments bien étoffés et que vous envisagez de les diffuser, vos supérieurs vous en empêchent car ils ne veulent pas comparaître à la barre », fait savoir Harimalala Cyrille, journaliste d’Antananarivo.

Dans la conduite de son travail, le journaliste hésite entre servir l’intérêt commercial, le sensationnel que son entreprise exige de lui, et parler de l’intérêt général destiné à la masse. Louis Rasamoelina, consultant formateur, explique que les médias en tant qu’acteurs de changement doivent former des attitudes. « Ils répondent à l’éthique de leur travail pour soutenir le journalisme civique. Ils stimulent une prise de conscience progressive, fournissent une connaissance, changent la manière d’agir et de réagir face à une idée, un objet ainsi qu’une situation », commente-t-il. Il reconnaît que, malgré les contraintes rencontrées par les journalistes, ils usent des bons moyens qu’ils ont pour assurer la crédibilité de leur travail en se basant sur l’exactitude, la clarté et l’équilibre.

En marge des trois sessions, les participants au programme effectueront une descente sur terrain pour mettre en pratique leurs acquis.

Farah Randrianasolo

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