Dr Patricia Wright

La biodiversité malgache fascine. Si les touristes contemplent les panoramas des différentes régions, les chercheurs et scientifiques apprécient les études sur la faune, la flore et l'écosystème en général.

 

Le Dr Patricia Wright, directeur de l'Institut pour la conservation des environnements tropicaux et professeur à l'Université de Stony Brook à New York qui est de passage à Madagascar, figure parmi les scientifiques qui s'intéressent de près à l'avenir de la biodiversité locale.

Lorsqu'elle foule le sol malgache pour la première fois en 1994, la pauvreté des gens et la dégradation de l'environnement l'ont choquée. Elle visite de nombreux pays et avoue que le statut de l'environnement malgache l'a beaucoup déçue. « Je suis venue à Madagascar afin de voir si l'espèce de lémuriens bambous était en voie d'extinction parce qu'on l'a vu dernièrement dans la partie sud-est des forêts pluviales de Madagascar. J'ai mis le cap sur Ranomafana où après des semaines de recherche, j'ai découvert un lémurien bambou, celui que je n'ai pas cherché. Comme il s'agissait d'une nouvelle espèce pour la science, nous l'avons nommé lémurien bambou doré », aborde-t-elle.

Cette scientifique, au début de sa carrière, ne pense qu'aux recherches sur le comportement des animaux. Elle veut tout savoir des animaux sauvages. Seulement, lorsque les exploitants investissent Ranomafana pour abattre les bois de rose, elle réalise que tous les animaux de cette vaste forêt risquaient de disparaître très vite. C'est la raison qui l'a amenée à devenir conservateur au service de la protection de la luxuriante forêt pluviale de Ranomafana ainsi que des animaux qui y vivent. Son récit laisse présager qu'elle a réussi dans ses actions. « En 1991, le ministère des Eaux et des forêts a déclaré que 43 000 hectares de forêts pluviales allaient constituer un parc national. En 2007, l'Unesco a reconnu le parc national de Ranomafana comme patrimoine mondial. Si vous regardez la carte de Madagascar entre 1991 et 2011, vous verrez que peu de forêts ont disparu dans cette région et des populations de lémuriens en bonne santé sont protégées », soutient-elle.

 

Un avenir pour Madagascar

Mère d'une fille et grand-mère de deux petits-enfants, le Dr Wright a élargi sa famille avec les étudiants participant au programme de Stony Brook. Impressionnée par les étudiants malgaches dont Jonah Henri Ratsimbazafy, enseignant-chercheur à l'Université d'Antananarivo et primatologue de renommée internationale dont elle est fière, la scientifique souhaite que d'autres étudiants malgaches grossissent les rangs des leaders en protection de l'environnement. Elle apprécie l'initiative des jeunes du Centre Valbio sis à Ranomafana pour mener des recherches en matière de technologie, de formation sur les forêts humides. Et si les efforts vont dans ce sens, elle croit que l'avenir de la conservation pour Madagascar est prometteur

Cette scientifique renchérit que la conservation se base sur la science et les recherches. « Il vous est impossible de gérer les choses que vous ignorez. La réussite de la conservation nécessite ainsi l'implication de l'éducation, de la santé dans la vie de la population ainsi que l'amélioration des conditions économiques de cette dernière. Surtout, il ne faut pas abandonner mais aller de l'avant pour le long terme en priorisant la formation des nationaux pendant des années sur la conservation de la biodiversité », renforce-t-elle.

Le Dr Wright ne ménage pas ses efforts pour plaider la cause de Ranomafana. En vingt ans, son travail de conservation s'est alignée avec l'implantation de pépinières accompagnée d'actions de reboisement au niveau des établissements scolaires et des villages périphériques du parc national. En vérité, les riverains du parc ont besoin de ressources naturelles, d'eau fraîche et davantage de terres cultivables pour survivre. Ce qui les pousse à pratiquer la culture sur brûlis. Le partenariat entre le centre Valbio, la commune de Ranomafana et de Madagascar National Park permettent ainsi aux populations locales de progresser sur le plan économique et à cause du tourisme qui constitue la principale ressource de la région, les habitants de Ranomafana tirent profit du parc national.

Cet éminent professeur, auteur de l'ouvrage « Madagascar : The forest of our ancestors », révèle qu'elle reste optimiste sur le fait que la déforestation soit minimisée en dix ans. « Je suis contente qu'il existe une plateforme qui réunit des conservateurs et des environnementalistes soucieux de leur patrimoine naturel. L'art commence aussi à parler de la protection des ressources naturelles et cela aide les Malgaches à mieux considérer la valeur de la nature. J'espère que les Malgaches continueront à estimer leurs richesses dans le but de promouvoir l'écotourisme, levier du développement pour la société environnant les parcs nationaux »n conclut-elle.

En juillet, le Dr Wright honorera de sa présence l'inauguration de l'extension du centre Valbio qui comprend des salles de conférence, un laboratoire informatique, un laboratoire de cartographie, un laboratoire des maladies infectieuses et des salles audiovisuelles.

 

Farah Randrianasolo

Lu sur L'Hebdo de Madagascar

 

 



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