District de Moramanga

Les indri-indris, menus des habitants

Des lémuriens braconnés. Le Festival des lémuriens vient de prendre fin en octobre. Entre temps, les chasseurs négligent les appels des conservationistes et environnementalistes qui crient « au secours » pour qu'on laisse tranquille ces espèces emblématiques malgaches. Des journalistes de la plate-forme « Environnemental Investigative Journalist of Madagascar » (EIJM) ayant effectué une descente sur terrain à Andasibe, à Ambohibary et à Lakato, rapportent que ces lémuriens ne vivent jamais en paix dans leur habitat et que les braconniers restent impunis. C’était dans le cadre de la réalisation du programme « Preserving Madagascar's Natural Ressources », initié par Conservation International (CI) et financé par l'USAID.

Culture
L’« indri-indri », communément appelé « ramambikina », « indrina » ou « vari-tatsy », figure parmi les espèces de lémuriens de grande taille et dépourvus de queue. Ils vivent en famille sur les hauteurs et s'éparpillent sur une superficie de deux à sept hectares. Or, les chasseurs habiles ne manquent pas de moyens et de ruses pour les atteindre.
Dans le fokontany d'Ampahitra, commune rurale d'Ambohibary, sur la route nationale temporaire 23 vers Anosibe An'ala, Jean, un notable du village témoigne qu'il puise son renom en proposant de l'indri-indri parmi ses plats. « Depuis que j'ai habité dans ce quartier en 1967, j'ai chassé l'indrina et en ai fait un aliment de base, sachant durant cette période qu’il n'y avait rien à manger à cause de la crise politique. En tant que restaurateur, je propose des menus à base d'indrina et les clients, dont des élus et des politiciens, en raffolent », raconte-t-il. Entre 2003 et 2006, ce chasseur a tué jusqu'à mille deux-cents indri-indris. Bien qu’il certifie avoir abandonné cette mission de chasse, des témoins attestent que Jean poursuit bel et bien sa traque en inventant un nom de code. Il vend la chair crue entre 10.000 et 20.000 ariary en fonction de la taille, et le plat coûte 5.000 ariary. Dans cette partie du district de Moramanga, les indri-indris gagnent du poids durant la période de soudure entre mai et juillet où les fruits foisonnent. Les chasseurs en profitent pour briguer les plus gros.
Stephan Randrianarimanana, chef de marché d'Ampahitra, justifie l'existence de ce braconnage disant que la vente illicite de viande de lémuriens se tient tous les jeudis. Les vendeurs et les acheteurs sifflent le fameux code et la transaction se passe en cachette. La poursuite des auteurs devient impossible dans la mesure où les éléments des forces de l'ordre ignorent cette situation, ne venant dans la commune qu'une fois par mois. Certains habitants connaissent bien les lois, comme la loi 2001-005, et le décret 60-126 interdisant la chasse, la vente et la consommation de lémuriens mais ils restent insensibles face à la souffrance de ces primates. Ils aiment ces animaux – qualifiés d'aphrodisiaques – qui leur servent d'amuse-bouche lorsqu'ils boivent de l'alcool. Les anciens ajoutent que, outre la chasse, les indrina disparaissent à cause de la culture sur-brûlis, le défrichement, l'exploitation aurifère et la riziculture pluviale. En somme, la chasse d'indrina est devenue un loisir et une culture dans cette partie de l’île.

Indifférence
Dans les localités comme Lakato, Andasibe, Ambohibary et Ambodirafia, les indrina meurent à petit feu et leur effectif se décroît de jour en jour. Les touristes étrangers dont des Français, des Chinois et des Australiens, soudoient les habitants et leur demandent de leur fournir des individus ou de la viande contre la somme de 1.000 euros. Tarzan, procureur de la République du Tribunal de Première instance de Moramanga, explique que depuis qu'il a pris son poste, il n'a reçu aucune plainte ni dossier concernant le braconnage d'indrina. « Seuls des bruits courent mais il faut des preuves tangibles pour pouvoir arrêter les auteurs. Les plaignants doivent être les directeurs régionaux et les chefs de service parce que les dénonciations émanant des organismes ne seront jamais recevables », explique-t-il. Le capitaine Eugène Rakotoarisoa, de la compagnie de la Gendarmerie nationale de Moramanga, expose qu'il n'a jamais entendu parler de poursuite contre les chasseurs d'indri-indri. Il attend que des preuves irréfutables lui parviennent entre les mains pour procéder à l'arrestation des auteurs.
Les environnementalistes accusent le laxisme et l'absence de la volonté politique au niveau de l'instance administrative. Ils critiquent la manière d'agir des fonctionnaires qui se réfugient derrière le manque de moyens. Ils soutiennent que si les responsables régionaux se mobilisent en déployant leurs propres moyens, ils parviendront à arrêter la chaîne et à démanteler le réseau.

Farah Randrianasolo

(lu sur l'Hebdo de Madagascar)

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