Bois de rose : La filière de toutes les magouille

Trafic illicite de bois de rose sans fin. Cette espèce d’essence précieuse ne connaît aucun repos, car elle fait l’objet de coupe illégale, de transport clandestin et de commerce non autorisé jusqu’à l’échelle internationale.



Son exploitation massive conduit maintenant à la destruction de la forêt des aires protégées et le sujet du bois de rose est l’un des plus délicats parce qu’il implique les familles, les villages et l’Etat. Il existe des stocks de bois de rose saisis et sécurisés qui attendent leur sort. Tout se joue actuellement sur les décrets, les arrêtés et les ordonnances provoquant des pressions, des tensions et des tergiversations entre la primature, le gouvernement, les forces de l’ordre, les membres du comité de pilotage et également les opérateurs qui détiennent aussi leurs stocks sachant que toute exportation est bloquée jusqu’à nouvel ordre.

« La seule façon d’empêcher cette essence de disparaître totalement de nos forêts est de rendre la coupe stérile : une bille de bois précieux ne rapporte rien à personne (sauf peut-être la prison) quelles que soient les circonstances. Mais la Justice ne suit pas : le 9 juillet 2011, six conteneurs de bois de rose ont été saisis à Vohémar. Ils étaient au nom du directeur d’une société privée. La déclaration douanière mentionnait du quartz industriel, mais en réalité ils étaient chargés de bois de rose. Le procès s’était tenu à Antalaha le 12 septembre 2011. Vingt-et-une personnes étaient inculpées et ont été placées en détention préventive pendant deux mois, dont seules 17 étaient réellement coupables. Verdict : le directeur de la société a été condamné à cinq mois fermes sans passer un seul jour en prison, quatre prévenus ont été condamnés entre deux à quatre mois de sursis, un a été acquitté, tous les autres ont été relaxés au bénéfice du doute. En somme, la vraie propriétaire du bois est l’épouse et sœur de trafiquants », mentionne Hery Randriamalala, auteur de l’ouvrage intitulé « Étude de la sociologie des exploitants de bois de rose malgaches ».

D’après le chercheur, le régime actuel recourt à l’exploitation des ressources naturelles afin de pallier la difficulté économique. Il indique que ces ressources assurent la survie de la Transition étant donné qu’il s’agit d’un « moyen financier immédiat et rentable ».

 

Impunité

Selon le WWF de Madagascar, l’île a été évaluée par un bureau international de consultance comme le troisième pays le plus vulnérable au monde après le Bengladesh et l’Inde. La déforestation sans contrôle qui a lieu depuis 2009, ne peut qu’aggraver cette vulnérabilité.

Visiblement, l’exploitation du bois de rose ne profite pas à l’ensemble de la population malgache. Elle invoque, par conséquent, les termes « marché noir », « trafic », « blanchiment d’argent ». Faute de structure, le service de renseignement financier qui lutte contre le blanchiment d’argent n’est pas en mesure d’entamer une investigation au niveau international. Or, l’on sait qu’un pays asiatique réceptionne les containers en provenance de la Grande île. Madagascar n’a pas encore signé une loi contre l’anti-terrorisme et le groupe Egmont qui rallie tous les services financiers du monde entier le suspend, d’après le directeur général du Samifin, Jean Claude Razaranaina.

Hery Randriamalala, pour expliquer le nombre croissant d’exploitants, suppose que l’Etat a anobli les trafiquants en les transformant en opérateurs. C’est ce qui l’amène à pointer du doigt l’impunité. « La plupart des procès n’aboutissent pas à une condamnation ferme, soit par influence sur les magistrats, soit par inapplicabilité d’une législation contradictoire, soit à cause des fautes de procédure de l’administration forestière, alors le sentiment d’impunité s’installe en même temps que s’affiche la réussite sociale des opérateurs. L’augmentation du nombre d’opérateurs ayant déjà eu affaire avec la Justice dans la liste 2012, s’explique par le retour dans cette activité d’anciens exploitants déjà connus de la Justice et elle inclut le départ de l’un d’eux qui a subi quatre procès entre 2008 et 2009 », conclut-il.

Comme l’Etat ne dispose pas de la capacité à bien gérer cette exploitation et demeure impuissante, l’activité s’est féminisée et derrière les exploitants, les épouses, les sœurs et les filles d’opérateurs s’embarquent aussi dans la galère pour pérenniser le trafic. Elles étaient assez représentatives en janvier 2009 avec un ordre de 15% et le groupe a évolué pour atteindre 20% en 2012.

 

Farah Randrianasolo

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