Soaniadanana

Le nouveau Canaan d'Analamanga

L’association Hafari Malagasy met en œuvre
un programme de création de nouvelles villes. L’exode urbain a vu le jour, il y a trois semaines


Incroyable mais vrai. Juste en face du point kilométrique 67 de la route nationale 4 qui mène vers Mahajanga, dans le district d’Ankazobe, se trouve le village de Soaniadanana, petite localité qui commence à prendre forme avec de petites maisons en brique. Plus d’une cinquantaine de maçons et de tâcherons érigent les ossatures des futures habitations : les unes sont encore au stade des quatre murs, les autres entament la finition. Ce n’est plus une utopie ni un leurre : l’exode urbain est sur le point de réussir et les propriétaires terriens partagent leurs premières expériences sur place.

Sweet home
« C’est une occasion en or. J’habite dans le quartier d’Antohomadinika. Mon mari et moi avons profité de l’offre de l’association, soumis notre demande et nous sommes heureux d’être choisis dans le lot de la première vague des bénéficiaires, car vous savez cela n’est toujours pas facile lorsque les frères et sœurs habitent ensemble avec leurs parents. Nous aimerons emménager un peu plus tard et pour le moment, nous essayons d’aménager, de niveler notre terrain en y allant toutes les semaines. La fondation sera notre prochaine étape », explique Fafah Andriamanantena, pâtissière.
La mère de famille envisage de faire de sa future maison une résidence secondaire, mais si ses activités sont rentables, la petite famille s’installera au moment opportun. Pour l’heure, le déplacement pose problème aux citadins qui rejoignent cette nouvelle ville. Ils doivent réserver en moyenne Ar 10 000 pour les frais de transport, le repas et les imprévus.
Chacun souhaite avoir son propre chez soi. Mart-Pierre Gerdson, administrateur d’entreprise, voit grand et espère obtenir de bons résultats de ses prochaines activités. « Je ne sais comment exprimer ma joie. Cette acquisition de terrain est une providence. Même si nous avons payé pour l’acquérir, je peux dire que c’est presque gratuit par rapport au prix exorbitant actuel du mètre carré. J’entends promouvoir l’agriculture et l’élevage de poules sur ce nouveau site car ce sont les principales activités qui génèrent de l’argent et nous aident à nous développer », affirme-t-il.
Les habitants des grandes villes désirent briser la monotonie et vivre une nouvelle aventure dans un nouveau Canaan où le riz, le lait et le miel abondent. Herison Clément Randrianjaka, habitant d’Ankazobe, se réjouit de cet exode urbain. Chargé de conduire les travaux sur place, il joue à la fois le rôle de contremaître et de chef de projet. L’endroit émerveille les passants, les travailleurs et ceux qui y viennent tous les jours pour le business.
« Au début, nous avons traversé des difficultés avec l’approvisionnement en eau car nous devions nous déplacer à cinq cents mètres pour en trouver. Maintenant, les bornes-fontaines nous rendent un grand service », commente-t-il. Chacun fait de son mieux pour terminer sa maisonnette au plus tôt. Le contremaître, de son côté, construit une maison à quatre pièces dont deux à l’étage. Chaque bénéficiaire a droit à 300m2 de terrain borné sur lequel il devra bâtir une maison ; le titre foncier lui sera remis ultérieurement.
L’on revoit en imagination le grand voyage des patriarches Abraham, Moïse et Josué désignés pour faire entrer les enfants d’Israël dans la Terre Promise où ils vivront en paix. Quand toutes les infrastructures seront installées, le PK 67 portera le nom de Vohitsara ou de Vohi­tsoa. Le choix émanera de la décision de l’assemblée générale de l’association.

Une maison à petit budget
L’association Hafari Malagasy facilite tout à Soaniadanana. Les matériaux de construction tels que les moellons, les gravillons, les briques et le sable existent sur place. Les propriétaires terriens n’ont plus à se déplacer jusqu’à Ankazobe ou ramener des matériaux de la capitale. Ils achètent les fournitures de base à des prix subventionnés sur le tarif d’une brique entre Ar 18 (terre brute) et Ar 84 (terre cuite), le moellon à Ar 250 la pièce, 1m3 de sable à Ar 6 000, 1m3 de gravillons à Ar 24 000, et le sac d’un ciment entre Ar 20 000 et Ar 24 000. Le coût d’une maison varie selon sa superficie et la qualité des matériaux. La moins chère est proposée à Ar 600 000 et au-delà de deux pièces, le montant s’élève à Ar 1 200 000 incluant la toiture et les volets.

Les opportunités d’affaires
Les voisins de Soaniadanana s’empressent de venir sur les lieux pour fructifier leur commerce respectif. Le salon de thé et la gargote à ciel ouvert ne dérangent personne puisque les boissons chaudes, la salade composée, les beignets, les fruits et le plat de résistance restent disponibles sept jours sur sept. Comme les ouvriers sont concentrés sur leurs tâches quotidiennes, ils n’ont pas le temps de préparer leurs repas. Haingonirina Razafiarivony, gargotière, s’investit dans la restauration pour satisfaire les besoins nutritionnels des visiteurs et des travailleurs. Elle quitte sa maison à 5 heures du matin pour rentrer à midi. « J’amène de chez moi la viande et les légumes crus et les prépare une fois sur place. J’arrive à servir entre dix et douze plats par jour moyennant Ar 500 ou Ar 1 000, selon la ration du client. C’est fatiguant, mais il faut s’habituer à ce rythme en attendant le grand marché qui s’ouvrira bientôt. J’aurai l’occasion d’augmenter le nombre de plats quand les habitants se seront installés », prévoit-elle. La mère de famille vise loin et place son optimisme au-delà de ses attentes.

Nouvelle ville - L'échec d’une tentative

Qui dit croissance démographique, dit concentration en ville et exode rural. Les paysans qui ne réussissent pas dans leurs localités fuient la terre et croient que dans les grandes villes, ils parviendront à avoir une vie meilleure. Contre toute attente, ils sombrent dans l’extrême pauvreté parce que ni logement décent, ni travail bien rémunéré ne les attendent. Les régimes qui se sont succédé, ont tous planifié la création d’une nouvelle ville dans le but de décongestionner l’agglomération des bidonvilles.
Certaines associations ont pu réinsérer des familles en créant de nouveaux fokontany alors que les déplacements de sans-abri entrepris par l’État n’ont donné aucun résultat. « Les dirigeants se sont dépêchés de se débarrasser des sans-abri alors qu’ils n’avaient aucun programme bien défini pour les relocaliser. Ils ont mal calculé leur coup alors que si l’on veut que la population reste là où on la déplace, il faut lui donner ce dont elle a besoin, notamment l’abri, l’eau, la santé, l’éducation, la sécurité et l’emploi. Plutôt que de rester les bras ballants, les supposés nouveaux migrants préfèrent revenir à leur ancienne vie et utilisent tous les moyens pour regagner la capitale, coûte que coûte », explique Adrienne Soa Nirina.
La formatrice fait remarquer que ceux qui accaparent des terrains dans la périphérie tentent une nouvelle extension de la ville. Mais le prix d’une parcelle ou d’un lot monte en flèche de jour en jour et finalement, le projet ne s’adresse qu’aux nantis. « Le remblayage des rizières dans la capitale et de ses environs ainsi que les constructions illicites décrivent l’absence d’une politique ou d’un programme de création de nouvelles villes. L’État doit prioriser les citoyens malgaches dans l’appropriation foncière car si les étrangers gagnent plus d’avantages, les Malgaches auront le choix entre redevenir des indigènes ou se transformer en étrangers dans leur propre pays. Donnez aux Malgaches ce qui leur appartient », invoque-t-elle.
Elle indique que si l’État accepte de céder un terrain à chaque famille et instaure la sécurité et les infrastructures de base nécessaires dans les localités, personne ne pensera plus à voler.

Farah Randrianasolo

(Lu sue l'hebdo de Madagascar)
 

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