Les éclaireurs du bio digesteur à Madagascar

Le projet de bio digesteur situé dans le fokontany de Manjakaray II C suscite jusqu’à ce jour le dégoût chez plus d’un millier de personnes. Tout le monde ne voit que le revers mais ne songe pas à la portée du projet proprement dit.

 

Jean Luc Rasoanaivo et Achille Olivier Ravoninjatovo, chercheurs au sein du Centre national de recherches industrielles et technologiques (CNRIT) dévoilent les avantages de cette hyper structure. Dans le projet de centre de traitement de boue fécale, l’organisation non gouvernementale chargée du pilotage, ne parle que du processus de transformation des premières matières en biogaz et en engrais. Elle oublie de mentionner les concepteurs et les réalisateurs du grand appareil qui métamorphose les excréments en une nouvelle énergie utilisable dans la cuisson, dans l’éclairage et dans la fertilisation des sols. La naissance du bio digesteur à Madagascar revient à l’équipe conduite par les Dr Jean Luc Rasoanaivo et Dr Achille Olivier Ravoninjatovo, ingénieurs, chercheurs et promoteurs de plusieurs appareils utiles au quotidien dont le foyer économe.

Ravoninjatovo, docteur ingénieur en biomasse énergie, a effectué une recherche sur la conception d’un appareil d’utilisation de biogaz avec l’Organisation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture quand il préparait son diplôme d’ingéniorat. « Nous avons choisi les sites du Moyen-Ouest, du Vakinankaratra et d’Analamanga pour réaliser des lampes et des brûleurs en céramique. Mes recherches constituent une alternative du bois énergie et de l’utilisation de l’engrais biologique », souligne-t-il.

De son côté, Rasoanaivo, docteur ingénieur en génie chimique, excelle dans le domaine du thermique en valorisant l’énergie solaire pour qu’elle devienne une énergie nouvelle et renouvelable. Les deux talents fusionnent et aboutissent à un modèle monumental solutionnant à la fois le problème d’assainissement, celui de l’énergie et de l’engrais.

L’aventure du binôme a commencé dans la région Analanjirofo sur l’étude de faisabilité technico-économique d’un bio digesteur. Par la suite, ils ont réalisé le projet à Antsirabe, à Toamasina et à Ambohidratrimo dans les années 90 en installant des récipients souterrains de 25 m3.

« Le projet de Manjakaray II C est novateur dans la mesure où le dispositif est mis en place en surface et avec une contenance plus considérable de 30 m3. La grosse cloche métallique colorée en noir capte l’énergie solaire qui fermente et active la réaction méthanique. Le fonctionnement du bio digesteur permet ainsi aux bénéficiaires d’obtenir du gaz, du compost et leurs fosses ne seront jamais remplies. Le mélange d’excréments avec la jacinthe d’eau améliore la qualité de gaz et de compost, mais dans les fermes s’il existe davantage de fèces de zébu et de porc, la production de boue de vidange sera optimale », expliquent les deux ingénieurs.

 

Transfert

En tant que techniciens, les ingénieurs n’ont pas le droit de mettre en vente leurs innovations. Ils restent dans le domaine de la recherche. « En revanche, il nous appartient d’assurer le transfert de technologies au niveau des communautés et nous encourageons la participation des femmes qui appréhendent facilement les connaissances et qui sont plus productives. Les apprenants n’ont pas besoin de hauts diplômes pour la fabrication d’un appareil. Le transfert dépend toutefois de leur niveau et des matières premières sur place car notre objectif est de prodiguer une formation à la portée de tous », poursuivent-ils.

Les deux ingénieurs sont les pionniers des foyers économes et améliorés en vulgarisant en premier lieu le « fatana kopa-droa » dans la région Atsimo-Andrefana, et d’un foyer communautaire pouvant supporter plus d’une dizaine de grosses cocottes dans la maison centrale d’Antanimora. De 2008 à 2011, ils ont travaillé dans le cadre du projet Synergie-Energie-Environnement dans le Sud-ouest en collaboration avec l’Union européenne et le World Wilde Fund for Nature où ils ont appris aux habitants des neuf districts de la région le moulage, le façonnage et la cuisson des foyers améliorés. « Nos recherches se fondent sur l’augmentation du rendement de carbone en minimisant la consommation de bois énergie. Les résultats ont été palpables à Antanimora, mais le projet n’a fait l’objet d’aucune suite. Pourtant, nous cherchions la rentabilité des foyers. Nous louons les efforts de ceux qui perpétuent l'existence des foyers améliorés. Toutefois, ils doivent tenir compte de leur efficacité pour que l'invention soit digne de son nom et au service de tout le peuple malgache », ajoutent-ils.

Les ingénieurs relatent que les foyers économes de qualité durent jusqu’à dix ans, voire plus, à condition de ne pas les laisser sous la pression de l’humidité. Le secret de la longévité d'un foyer économe réside ainsi dans la maturité de l'argile. L’unité énergétique du CNRIT offre une expertise des foyers économes pour que les fabricants puissent améliorer leurs produits. En tant que chercheurs, les ingénieurs enseignent leurs matières de prédilection aux étudiants et encadrent les jeunes qui préparent leur licence, ingéniorat et diplôme d’études approfondies.

 

Farah Randrianasolo

 

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