Le maïs et le lojo remplissent les assiettes

Si les enfants ne mangent pas chez eux, ils rattrapent le repas manqué à l'école. Ils disent que c'est mieux que rien face au régime draconien familial.

 

"Omeo anay re ry dada, omeo anay anie ry neny, omeo anay re ry dada sy neny ny zonay." CD’est ce qu’entonnent quelques élèves, filles et garçons, de l'école primaire publique d'Andranomaintso, de la commune de Sakaraha, dans la région Atsimo-Andrefana. À travers ce chant, ils veulent rappeler à leurs parents qu'ils ont le droit à l'éducation, à la santé et à une alimentation saine.

Du thé le matin, un plat de maïs et de "lojo" black eyes vers 10 heures, un plat de riz accompagné de brèdes à midi. Voilà l'habitude alimentaire d’une élève de CP1, Odonie Razafiharisoa. "Parfois, je mange de la patate ou du manioc en guise de goûter à la maison. C'est la cause de mes maux de dents, d’autant que je ne possède aucune brosse à dents, mes parents ne pouvant pas m'en payer une. J'avale un comprimé de paradyclofenac qui soulage les douleurs. Sinon, nous mangeons un peu de viande de poulet, de zébu et de sanglier quatre fois par mois", raconte-t-elle sans complexe.

Dans l'ensemble de la région, les enfants n'ont pas la même chance de manger à leur faim. Si les uns parviennent à consommer des brèdes tous les jours, les autres se contentent juste de deux tasses d'eau chaude pour tenir pendant deux jours. L'école primaire d'Andranomaintso bénéficie d'une cantine scolaire depuis 1998.C’est l’école-pilote du district en raison de la bonne gouvernance de la directrice et de l'efficacité de l'équipe chargée de la gestion de la cantine.

 

Régime

Dans les années 90, le Programme alimentaire mondial (PAM) a servi du riz dans les cantines scolaires. Or, certains membres du comité local de gestion ont abusé de la confiance de leurs collègues et ont détourné les vivres du magasin de stockage.

"À l'époque, compte tenu de la hausse du prix du riz, l'idée d'arrêter le projet était effleurée, mais il fallait trouver une alternative pour que le projet continue. Nous avions mené une enquête approfondie pour déterminer un substitut du riz. Nous avions trouvé que le maïs, disponible, accessible, plus nutritif et à prix raisonnable pourrait remplacer cet aliment de base. C’est pourquoi nous avions soumis au ministère de l'Éducationnationale et ses partenaires le maïs en tant qu'apport nutritionnel en milieu scolaire", indique Dôdy André Rasoahoby, coordonnateur national du projet cantine scolaire auprès du département.

Des années plus tard, les élèves, les cuisinières et les enseignants ont droit à un régime journalier de 220 grammes de maïs, 30 grammes de légumineuses, 10 grammes d'huile auquel s'ajoute le "bofanjaka" ou micronutriments. Le PAM approvisionne en maïs importé et local les cantines scolaires des régions bénéficiaires. Dans le cadre du programme Gap Financing, leur création dans les régions du Sud- Anosy, Androy et Atsimo-Andrefana- résout le problème de malnutrition. Il aide les élèves du niveau primaire à rester le plus longtemps à l'école et à réussir à leurs examens.

 

 

La cuisine, un engagement de plus

Vailo, Éliane, Stéphanie et Nita se sont engagées dans la préparation du repas scolaire prévu pour 241 élèves. Elles se lèvent de bonne heure pour s'occuper de leurs tâches ménagères respectives avant de rejoindre leur lieu de travail, l’école primaire publique d’Andranomaitso. "Ici, c'est comme un deuxième foyer, car nous devons prendre en main le goûter ou le déjeuner - pour certains - de tous ces élèves. La cuisine se fait par tour et deux équipes de deux personnes se succèdent tous les deux jours. Nous ne sentons jamais la fatigue car c'est plus qu'une conviction pour le bien-être de tous ces enfants", déclare Vailo. Ces mères de familles exécutent leur travail avec cœur et passion. Elles assurent la bonne tenue et la propreté de la cuisine ainsi que du réfectoire, en commençant à 8 heures et en finir vers midi. C'est presque un travail gratuit car elles ne perçoivent aucun salaire ; mais en contrepartie, elles goûtent aussi aux fruits de leur labeur.

 

1 247 écoles primaires bénéficiaires

Le projet des cantines scolaires profite à 1 247 établissements primaires publics des régions Anosy, Androy et Atsimo-Andrefana. Le coût par enfant s'estime à USD 17 cents incluant la nourriture et l'acheminement des vivres. Le projet en question représente 43% des besoins totaux en termes d'assistance alimentaire. Ceux en appui nutritionnel s’accroissent dans l'Atsimo-Atsinanana et les autres régions, mais le Programme alimentaire mondial axe ses priorités sur les localités en difficulté. Cette agence intervient dans les régions ciblées par Gap Financing jusqu'en décembre, terme du cycle du projet. Pour l'heure, le PAM procède déjà à la recherche de ressources permanentes afin que le projet se pérennise.

 

 

En quête d'un programme de cantine scolaire

Jusqu'à ce jour, la cantine scolaire appuyée par les bailleurs reste au stade de projet. Le ministère de l’Education nationale apporte aussi son soutien à cent établissements primaires publics dans les chefs-lieux des six anciennes provinces, Antsirabe, les districts d'Avaradrano et Atsimondrano, en distribuant de la farine enrichie. Le coordonnateur national du projet de cantine scolaire, Dôdy André Rasoahoby détaille que le procédé ressemble à celui des régions, mais la cantine ne fonctionne que durant la période de soudure, c'est-à-dire, entre octobre et mars. "En ce moment, il nous est difficile de délimiter la période de soudure car tout est perturbé avec le changement climatique. Le ministère de tutelle tente de convaincre le gouvernement à promulguer une loi pour que la cantine scolaire devienne un programme", commente-t-il. Le responsable reste confiant qu'un projet de loi sur la cantine scolaire sera adopté à la Chambre basse pour permettre aux enfants de réussir ne serait-ce que leur éducation de base.

 

Farah Randrianasolo

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