Nosy-Be vogue sur la galère

Le calme est revenu sur Nosy Be. Ce site du Nord retrouve son statut de havre de paix que les touristes aiment tant. Malgré la faible affluence des visiteurs, les opérateurs se mobilisent pour faire renaître l’île aux Parfums de ses cendres.

Tous sur le starting block. Après le fait-divers macabre d'octobre 2013, le gouvernement français a décrété Nosy Be comme zone orange en raison de la vague d’insécurité qui y régnait . En six mois, une quarantaine d’opérateurs touristiques français et la population locale en ont souffert parce que la situation socioéconomique a viré au rouge. Ils ont cherché les moyens pour s’en sortir. « Internet a démoli notre image. Certes, nous avons traversé un moment pénible et difficile et tout le monde relaie les facettes négatives. Alors que la tranquillité gagne du terrain et Nosy Be relève la tête, personne n’en
parle. Nous attendons la levée de la zone orange pour pouvoir tout relancer », avance Fabrice Plantive, président de l’Office régional du tourisme de Nosy Be (ORTNB).

Ce premier responsable clarifie que l’industrie touristique pourvoie jusqu’à 3 500 emplois directs et indirects et en raison de la zone orange, les hôtels reçoivent moins de clients, puis optent pour le chômage technique partiel et, finalement, le secteur meurt à petit feu. Même si cette zone orange bloque tout, les opérateurs ne se laissent pas faire. Ils s’organisent pour redynamiser le secteur touristique en intensifiant les formations, en renforçant les infrastructures et en améliorant les packages.

« Il n’est pas normal de mélanger la diplomatie et la politique avec l’économie, car ce sont les opérateurs qui sont pris en otage. La situation revient à la normale, nous sommes tous prêts, mais il nous manque les clients », lâche Nathalie Bazard, vice-présidente de l’Ortnb. Opérateurs, commerçants et artisans ne ménagent pas leurs efforts afin d’offrir le meilleur à tous les touristes nationaux et internationaux qui fréquentent l’île de l’ylang-ylang.

Nouveauté
L’Etat malgache a déjà contribué à la relance du tourisme en apportant son appui. Le président de la République a annoncé des programmes de développement en faveur de Nosy Be, l'extension de l’aéroport, entre autres. Profitant de cette nouvelle, la compagnie aérienne malgache compte également redonner un nouveau souffle au tourisme en proposant à partir de juin une ligne directe reliant Marseille à Nosy Be. De plus, les opérateurs essaient de multiplier les vols qui connectent l’île à Johannesburg et à La Réunion.

« A part le trail et la régate que nous sommes en train de développer, certains optimisent le tourisme durable et la plongée pour innover. La récente activité qui vient d’être annexée, est le golf », poursuit Nathalie Bazard. De surcroît, le programme de Pôle intégré de croissance multiplie les efforts pour construire des pavillons d’artisanat, électrifier des villages et réhabiliter des routes pour que les touristes et les résidents soient en mesure de servir le tourisme et de parvenir au développement.


Précarité chez les locaux

L’impact de la zone orange s’est fait sentir chez les Malgaches qui collaborent avec les opérateurs. Artisans, maraîchers et taximen déplorent la situation. Un guide ne manque pas de raconter que si auparavant, il parvenait à intervenir quatre à cinq fois en une semaine, aujourd'hui il ne vient rplus dans un site qu'une ou deux fois par mois. Les marchands de légumes qui approvisionnent les restaurants et les hôtels connaissent le même problème. « En une semaine, je vendais jusqu’à deux tonnes de légumes. En ce moment, je n’écoule que 500 kilos sur une tonne de prévision. En conséquence, les produits périssent et sont à jeter. Cela rime avec une perte énorme », conclut Francis Tasy, président des marchands du Bazar Be à Nosy Be.


Sécurité
Le contrôle d’identité s’impose


De jour comme de nuit, les éléments de la gendarmerie nationale, de la police nationale, de la police municipale et ceux du détachement marin se donnent la main afin d’assurer la sécurité. Ils se subdivisent en équipes pour couvrir toute la zone de Nosy Be. « Outre les éléments mobiles qui se déplacent en motos et en 4x4, nous avons aussi des équipes pédestres postés dans les sites touristiques et aptes à répondre à tout moment. Nous veillons également à ce que le contrôle d’identité se fasse à l’aéroport, au port et dans les fokontany », souligne le capitaine Rija Alberto Rakotomampianina, commandant de compagnie de Nosy Be. Il indique que les habitants des fokontany possèdent un passeport pour les distinguer des visiteurs. Les étrangers ont aussi les leurs et l’administration procède maintenant au recensement des résidents et des touristes en vue de faciliter le contrôle.
En ce qui concerne les coupables, le verdit appartient à la justice d’Antananarivo qui devra trancher. Les prévenus sont déjà placés sous mandat de dépôt et attendent leur jugement. L’adjoint du commissaire de police, Malo Johns Christian Razafimanantenasoa ajoute que les prévenus ont été transférés dans la capitale pour assurer l’ordre public car s’ils étaient maintenus à Antsiranana, la population aurait pu réagir dans le débordement et aurait été capable de s’attaquer à la maison centrale. Les deux officiers rassurent qu’il n’y a plus rien à craindre à Nosy Be et que tous les touristes sont les bienvenus.



Ils ont dit
Rosine Juliette, commerçante

« Cela fait cinq ans que je vends des objets d’artisanat, de broderie, de sculpture, de souvenir et des tableaux à Mont Passot. J’achète des articles chez des artisans dont certains viennent directement chez moi pour en vendre. Bien avant cette petite crise, j’ai pu gagner beaucoup d’argent, mais depuis octobre, je perçois difficilement Ar 20 000; om y a même des moments où je rentre chez moi les mains vides. Je reste optimiste sur le devenir du tourisme à Nosy
Be et j’invite les visiteurs à venir nombreux pour apprécier la beauté de tous les sites existants. ».

Philippe Gron, opérateur
« La bannière orange discrédite le tourisme à Nosy Be. Il y eut des périodes où nous vendions nos cocos et nos bananes au maché pour survivre, mais là, il y a lieu de s’adapter. Les enjeux géopolitiques ne nous concernent pas, mais nous subissons tous l’impact de ce décret. Je ne suis pas en mesure de lancer un appel, mais je subis la situation comme tout le monde. Notre argument à Anjiamarango Resort repose sur la quiétude, l’isolement et le calme. Nous faisons très peu de bruit car les clients se reposent, se ressourcent et ils apprécient cet environnement. Le taux d’occupation a baissé, mais nous sommes confiants quant à l’avenir. Madagascar est un ogre en tourisme et il est une destination phare dans l’océan Indien. »

Ibrahim Bacari Mahafagna, assistant de direction
« Nous avons reçu plusieurs annulations provenant des Tours Operators. Avant 2009, nous avons enregistré un taux d’occupation de 75% et avec la zone orange, nous recensons un taux de 10%. Depuis janvier, l’insécurité a considérablement décru et le calme s’installe à Nosy Be et nous témoignons notre reconnaissance envers le président de la République qui nous a soutenu dans la sécurité. »

 

Farah Randrianasolo

 

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