Mananjary

Non à l'abandon des jumeaux. Une quinzaine de mères de famille vivant à Mananjary ont décidé de garder leurs enfants jumeaux. Cette pratique ancestrale recèle un grand mystère qu'elle finit par devenir un tabou dit « fady » dans la communauté Antambahoaka.

À l'heure actuelle, un réseau de protection des jumeaux abandonnés se mobilise et veut le redynamiser en regroupant les parents et associations. Outre l'association « Hambana », « Tsy Manary Zaza »vient d'être officialisée. Ces deux associations s'engagent ainsi dans la protection et le respect des droits des jumeaux permettant à ces derniers de s'épanouir au même titre que les enfants uniques car ils méritent de vivre à l'abri de la marginalisation et de tout type de violences de la part de la société.

L'exemple vient d'une localité de ce district, Fanivelo, où en 1982, le « fady » n'avait plus sa place. Les chefs traditionnels et les familles se sont regroupés et ont coopéré pour mettre un terme cette pratique et jusqu'à ce jour, 45 individus nés jumeaux y vivent en harmonie. Toutefois, beaucoup reste à faire dans l'ensemble du district pour que le respect des droits des jumeaux s'instaure.

R., 40 ans, mère de six enfants, membre de l’association de mères des jumeaux « Tsy manary zaza ». Elle a donné naissance à des jumeaux à trois reprises. « Je souhaite la fin de cette pratique pour que les enfants jumeaux puissent aborder l'avenir avec moins d''anxiété et de désarroi. L'hostilité de la société m'a contrainte à changer de voisinage après chaque accouchement. Les gens ont encore beaucoup de mal à cohabiter avec les familles gémellaires ».

Fatma Samoura, Coordinatrice résidente du Système des Nations inies à Madagascar, représentante résidente du Programme des Nations inies pour le Développement, a profité de l'atelier de sensibilisation et de mobilisation de la population sur la problématique de l’abandon des enfants jumeaux de Mananjary. « Tous les enfants de Mananjary, sans exception, méritent un avenir meilleur. La communauté de Mananjary peut faire le pas du changement en allant plus loin que le 'rom-boay' si elle le souhaite. Au Sénégal, mon pays d'origine, de nombreuses communautés avaient fait le choix de l'abandon de pratiques ancestrales néfastes comme l'excision des filles. Je sollicite la bénédiction des chefs traditionnels pour l'abolition de cette pratique. Le 'fafirano' est importante pour cette étape qui aurait sans aucun doute des échos positifs dans le monde entier », conclut-elle.

En marge de cet atelier de réflexion, le Pnud entend amorcer un projet qui met l'accent sur l'autonomisation économique des mères biologiques des jumeaux pour qu'elles puissent élever leurs enfants dans la dignité.

 

Farah Randrianasolo

(Lu sur L'Hebdo de Madagascar)

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