Madagascar

L'Église catholique passe à l'offensive par rapport au VIH

Antananarivo, 1er décembre: Les mots VIH et SIDA font peur à Madagascar. Depuis la crise de 2009 jusqu'à présent, la sensibilisation en vue de lutter contre cette pandémie s'est atténuée : moins de communication à la télévision, moins de communiqués sur les ondes radiophoniques et moins de conscientisation à propos du dépistage volontaire. C'est l''Église catholique qui tire la sonnette d'alarme face aux 5% de personnes vulnérables vivant avec le virus. Le point à l'occasion de la Journée mondiale contre le VIH/SIDA.

«Ce pourcentage est relativement élevé si l'on tient compte des 14.8% d'homosexuels, 7% des utilisateurs de drogues injectables et 13% de travailleuses de sexe qui sont séroposities. De plus, parmi les personnes à risque qui peuvent contracter l'infection, il y a aussi les jeunes âgés entre 15 et 24 ans, les détenus, ainsi que ceux qui exploitent les individus considérés comme vulnérables tels que ceux ayant plusieurs partenaires sexuels », explique le Dr Zoé Randriana, responsable de l'Information-éducation-communication (IEC) de l'action pastorale de la santé et de la famille du Centre social Arrupe, situé dans l'enceinte de l'Église catholique et apostolique romaine de Faravaohitra, ville d'Antananarivo.

Selon les statistiques divulguées par le secrétariat exécutif du Comité national de lutte contre le VIH/SIDA (SE/CNLS), l'indicateur Spectrum estime que cette année, 110 555 personnes ont été dépistées dont 55 815 femmes enceintes et 55 d'entre elles vivent avec le VIH. De plus, 27 suivent un traitement antirétroviral (ARV) et trois nourrissons ont été infectés par le biais de la transmission de la mère à l'enfant. Le pays compte actuellement 209 nouveaux cas dont 204 adultes. On dit souvent qu'un cas est une épidémie et il importe de renforcer davantage la lutte en optimisant l'éducation des jeunes.

Pour rappel, l'histoire de la découverte du premier cas d'infection date de 1987 dans la Grande Ile. À l'époque, les actions étaient axées sur la protection, le traitement et la prise en charge des personnes vulnérables. La lutte continue et l'Église passe maintenant à l'offensive pour tenter de stopper la progression de cette maladie qui ronge petit à petit la personne, la famille, la société voire la nation. La célébration de la Journée de lutte contre le VIH/SIDA le 1er décembre se tient à Morondava dans la région Menabe, située dans la partie Ouest de Madagascar. «Nous comptons inverser la tendance en incitant tout un chacun à être responsable de la lutte du VIH jusqu'à son élimination en 2030», poursuit le médecin.

Masy Alinoro Razafindradama, responsable de l'action pastorale de la santé et de la famille du Centre social Arrupe Faravohitra, indique que c'est par l'éducation que l'Église tentera de freiner l'avancée du VIH/SIDA. «À Madagascar, nous avons le programme éducation à la vie et à l'amour (EVA), un programme éducatif institué par la Conférence des évêques et destiné aux adolescents et jeunes. Ce programme comprend des stratégies de lutte contre le VIH selon les branches d'activités des évêques se souciant de la famille, de l'éducation, de la santé, des relations sociales, des valeurs bibliques et des liturgies. Nous exhortons tout un chacun à prendre en compte la dimension éducative pour cibler un plus grand nombre de personnes dans la lutte contre le VIH», insiste-t-elle.

Pour Harifidy Andriamitantsoa, réceptionniste dans un hôtel de la capitale, le rôle des parents est capital dans cette lutte. «Les parents jouent un rôle important dans l'éducation et doivent veiller sur ce que font leurs enfants. Ils doivent leur montrer le droit chemin pour qu'ils respectent les valeurs et les mœurs prônées par les anciens, la société et pourquoi pas les préceptes bibliques? Il suffit de dire non à l'adultère et toute une famille est épargnée par la maladie par exemple», conseille-t-il. Andriamitantsoa recommande aux parents de ne jamais laisser la société, la télévision et l'internet s'occuper de l'éducation de leurs enfants.

Une enseignante d'EVA dans une école confessionnelle catholique de la capitale martèle qu'il appartient aux éducateurs de matraquer les messages de prévention chez les collégiens, les lycéens et les universitaires en mettant l'accent sur l'abstinence. «Les jeunes sont naïfs, curieux, se laissent facilement manipuler, influencer et parviennent à accepter des propositions indécentes. L'éducation à la maison ne suffit pas. Consolidons celle à l'école et à l'église pour mieux donner des balises aux jeunes», dit-elle.

La vision nationale 2015-2017 fait état d'une Grande Ile «sans transmission de VIH, de zéro décès et de zéro discrimination liées au Sida.» L'Église catholique a choisi de se conformer aux axes du plan national stratégique malgache lesquels exigent l'engagement de l'État et des dirigeants dans la lutte, le renforcement des messages de prévention à travers des canaux de communication, la lutte contre l'exclusion, la stigmatisation et la discrimination. Pour une lutte efficace, les jeunes sont appelés à adopter des comportements sains et responsables qu'ils soient à l'école, dans leur entourage, voire au niveau des branches des églises afin de convaincre leurs amis à prévenir la transmission de la maladie par l'abstinence, tout en respectant les mesures de protection si jamais leurs amis ont une vie sexuelle active et surtout de soutenir les jeunes isolés, victimes de discrimination.

«Le dépistage est l'unique moyen de connaître son statut sérologique, alors n'éprouvons aucune honte à nous rendre dans les centres de santé pour nous faire dépister. C'est gratuit et cela nous sauve la vie», lance Solonirina Raherimanjato, lycéenne et jeune scoute du mouvement Kiady, qui suit les préceptes de l'Eglise catholique.

En s'engageant ainsi dans la lutte contre le VIH, l'Eglise catholique malgache se conforme aux dispositions du Protocole de la SADC sur le Genre et le Développement qui demande à tous ses Etats membres de tout mettre en œuvre pour éradiquer la progression du VIH. Il est toutefois dommage que le gouvernement malgache ait un peu relâché la pression.

Farah Randrianasolo est journaliste à Madagascar. Cet article fait partie de la campagne des 16 jours d'activisme contre la violence envers les femmes et les enfants du service d'information de Gender Links qui apporte des perspectives nouvelles à l'actualité quotidienne.

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