La peste, une maladie de la saleté négligée

Bubonique ou pulmonaire, la peste fait peur. Depuis que des cas se sont manifestés en décembre 2013, cette maladie tue. La presse en ligne étrangère en a immédiatement parlé et diffusé des nouvelles qui ternissent l'image du pays indiquant que la maladie de Yersin se rapproche des zones touristiques. Elle a notamment cité les principales sources émanant de l'Institut Pasteur de Madagascar (IPM) et de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) sans interroger les responsables du ministère de la Santé publique.

Pendant des décennies, cette institution entretient le mystère sur les chiffres et les statistiques concernant la peste ainsi que d'autres maladies qui susciteraient une polémique. « Il faut dire la vérité pour que l'opinion publique puisse prendre position et des mesures nécessaires quant au respect de l'hygiène. Autant publier que la peste a fait telle ou telle mort dans une période donnée pour que la population soit avertie et reste sur ses gardes, au lieu de tout garder secret et laisser la maladie tuer tout le monde lentement et en silence », martèle Jean Ratefy, artisan.

D’aucuns se demandent ainsi pourquoi le ministère de tutelle a attendu deux semaines pour communiquer le nombre de personnes affectées par la maladie et de celles qui ont succombé à cause du retard de la prise en main du traitement. La peste figure sur la liste des maladies négligées, car elle ne ressemble ni au paludisme, ni au VIH et sida, qui retiennent l'attention des partenaires, donc ne bénéficie que d'un moindre financement.

Malgré l'immensité du progrès et des recherches, cette maladie évitable devient de plus en plus meurtrière à chaque saison cyclonique. Dans un communiqué lancé par la direction de la promotion de la santé, 319 cas dont 75 morts ont été enregistré depuis septembre jusqu'à la date de diffusion du communiqué. Le département de la Santé publique renforce que les médias devraient toujours se conformer à la source officielle.

 

Controverse

Dans cette histoire de cas de peste, le tourisme se trouve dans une mauvaise posture. Les informations qui circulent dans le monde, suffisent à renverser la tendance et au lieu de choisir la destination Madagascar, les touristes européens optent pour les pays asiatiques, là où ils n'entendent parler ni de crime, ni d'insécurité, ni de maladies contagieuses. L'Office régional du tourisme d'Analamanga n'a pas encore enregistré jusqu’ici une diminution de l'affluence des touristes. « La haute saison s'est annoncée en décembre et nous pensons que l'existence des cas de peste à Antananarivo et de ses environs n'affecte pas le tourisme sur les Hautes-terres », confie une responsable de la communication de l'office.

Cependant, les artisans souffrent de la situation. « Nous avons constaté que les touristes étrangers ne restent pas longtemps dans la capitale. Aussitôt qu'ils débarquent, ils partent immédiatement pour les régions et oublient d'apprécier la capitale et ses merveilles », témoigne Rufine Razafindravanomboatra, présidente de l’Union des associations des artisans à Antananarivo.

Selon la division de la lutte contre la peste, on peut maîtriser cette maladie en veillant sur la propreté. La peste touche les rats et ce sont les puces qui transmettent la maladie chez l'homme. Mais s'il s'agit d'une peste pulmonaire, le fait de respirer l'air contamine la maladie d'un individu à un autre. « Dans l'entourage, nous demandons aux agents de santé de cibler les personnes entrées en contact avec la personne touchée pour que celles-ci bénéficient d'une prophylaxie et abandonnent l'automédication », indique un médecin de la division.

La mise en quarantaine n'est plus d'actualité de nos jours car les responsables des centres de santé et des dispensaires ne sont pas en mesure de limiter le mouvement de la population à sa circonscription respective.

 

La prévention est de mise

Fièvre, céphalées, état fébrile grave, toux, crachat qui vire à la couleur du sang, tels sont les symptômes de la peste. Dès l'apparition de l’un de ces signes cliniques, il faut se rendre dans une formation sanitaire. Il semble que les signes s'apparentent à ceux de la tuberculose. Néanmoins, avec la peste, une personne pourrait rendre l'âme au bout d'une journée si elle ne reçoit pas les soins nécessaires dans les meilleurs délais.

Les médecins déclarent que cette maladie de la saleté n'a rien à voir avec la pauvreté. Elle ne choisit ni l'âge, ni la classe sociale, ni le sexe. L'insalubrité, les feux de brousse constituent les premiers facteurs de pullulement des rats et des puces. Alors, il importe de veiller à la prévention en nettoyant la maison, en débroussaillant les alentours et en piégeant les rats vivants. Le mode d'élimination de ces rongeurs s'avère simple : les noyer dans une bassine d'eau pour que les puces meurent, puis les brûler et les réduire en cendres avant de les enterrer dans un trou profond. Si vous les brûlez vifs, les puces risquent de s'éparpiller et vous mordre permettant à la chaîne de transmission de recommencer et à la maladie d'ôter des vies.

Comme la lutte contre la peste est une approche multisectorielle, différentes directions s’épaulent dans les recherches au laboratoire central en collaboration avec l'IPM, dans le suivi et dans la surveillance épidémiologique.

 

Farah Randrianasolo

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