La pêche thonière varie d’un endroit à un autre

La pêche thonière varie d’un endroit à un autre

Les ressources halieutiques se raréfient à cause du nombre accru de consommateurs et du changement climatique. La mise à disposition de données statistiques permet au réseau de production de bien gérer la filière dont il a en charge. C’est le cas pour la pêche thonière.

 

 Chaîne compliquée. Sans données fiables, il est impossible pour une filière de se développer convenablement. La Commission thonière de l’océan Indien (CTOI) a organisé cinq jours de renforcement des capacités d’enquêteurs et de responsables de statistiques de treize directions régionales de la pêche et des ressources halieutiques.

 

« Une prise de décision pour un programme de développement se base sur les statistiques mises à jour, d’actualité et pertinentes. Si nous prenons le cas de la pêche thonière, il importe de savoir le nombre de pêcheurs, le type de vaisseau qu’ils déploient. La Commission de l’océan Indien (COI) dispense ce genre de formation pour que les pays membres de SmartFish soient au même niveau de compétences en matière de statistiques », lance Toky Rasoloarimanana, chargée de communication de SmartFish.

 

Julien Million, consultant auprès de COI, ajoute que Madagascar joue pour le moment avec de faibles statistiques concernant la pêche thonière. « Le pays n’est pas en mesure de fournir de bonnes estimations sur l’effectif des pêcheurs traditionnels et industriels, la saison de production, le type d’outil qu’ils utilisent- le filet ou la traîne- ainsi que la mesure du poisson. Pour l’instant, une enquête cadre s’effectuera dans les villes de Mahajanga et de Toamasina », indique-t-il.

 

L’enquête qui sera menée dans les régions cibles n’a qu’un seul but, celui de fournir des données à la CTOI. Toutes les informations récoltées vont régir la production, le commerce et la sécurité alimentaire au niveau de la COI.

 

 Différence

 

Lorsqu’un pêcheur sort en mer, il n’a que deux options, la vie ou la mort. Dans le village d’Antsahanibingo, environ à trois kilomètres de la Cité des Fleurs, les pêcheurs se subdivisent en deux équipes dont l’une travaille le jour et l’autre part en haute mer équipée de grands bateaux et de glacières. « Il arrive que les pêcheurs restent jusqu’à douze jours en mer. Ils recueillent les gros poissons de la mer chaude dont 70% à 80% sont destinés aux consommateurs de la capitale. Arrivés sur le site, les collecteurs achètent le kilo à Ar 4 000 mais quand il y a surexploitation, le prix baisse jusqu’à Ar 3 400 », explique Edmond Randriantahina, président de l’association des pêcheurs d’Antsahanibingo.

 

Brillant Florentin Razafinomenjanahary, enquêteur de Toamasina, déclare que la formation lui a permis de savoir davantage sur le thon communément appelé « aloko » ou « lamatra » et les espèces apparentées comme le requin. « La mesure, le poids, la forme de la queue et la couleur de la peau distinguent une espèce d’une autre. A Mahajanga, je suis surpris de voir des bateaux à voile alors qu’à Toamasina, les pêcheurs recourent aux canots à moteur, à la rame puis à la ligne à la traîne pour la capture », commente-t-il.

 

En matière de pêche, le sort de la production dépend des commerçants et des consommateurs. Si les deux derniers ne parviennent pas à acheter les ressources halieutiques, les pêcheurs seront contraints de laisser pourrir leurs poissons.

 

 

 

 

Madagascar, bénéficiaire de SmartFish

 

La Grande île figure parmi les vingt pays bénéficiaires du programme SmartFish, mis en œuvre par la Commission de l’océan Indien et financé par l’Union européenne. Le programme va au-delà des pays de la COI puisqu’il inclut les pays tels que le Soudan, l’Ethiopie, l’Ouganda, le Rwanda, la Zambie, le Zimbabwe… ayant un espace lacustre considérable. C’est l’un des plus grands programmes de développement de la pêche en Afrique qui met en exergue la gestion des pêches, la gouvernance des pêches, le suivi, contrôle et surveillance ainsi que le commerce régional des produits de la pêche. Madagascar est en mesure de satisfaire la demande au niveau de la région. Il lui faut simplement assurer la qualité, la fraîcheur et les normes d’hygiène requis pour que ses produits investissent les marchés régionaux et internationaux.

 

 

 

IIs ont dit

Lydianno Ryllyani, enquêteur

 

« La formation a pour but de collecter des informations sur les espèces de thon à Madagascar. J’ai constaté que la pêche thonière de Toamasina diffère de celle de Mahajanga. Les pêcheurs utilisent une pirogue et la ligne à la traîne. A peine si on voit un thon sur le site de débarquement d’Analamboanio. Le fort courant du côté de Darafify empêche les pêcheurs d’avoir un bon équilibre et le moindre brusque mouvement fait chavirer leurs petites pirogues. S’ils partent à 2h30 du matin, ils reviennent entre 7h30 et 8h30 et à 14 heures au plus tard. »

 

 Dr Randriamiarisoa, océanographe biologiste

 

« Le thon fait partie des espèces migratrices. Il part d’Afrique du Sud pour passer dans le canal de Mozambique, sillonne les Comores et les Seychelles pour boucler le périple en Inde. Ils investissent le plein océan. Le conservation de l’espèce est compliquée en raison du phénomène migratoire, mais lorsqu’il arrive aux larges de Madagascar, c'est à ce moment-là que nous pouvons en profiter. »

 

 

Samueline Ranaivoson, directeur de la gestion de la ressource halieutique

 

« Les Seychelles vivent du tourisme et du thon. Madagascar dispose aussi de plusieurs ressources qu’il peut mettre en valeur, à savoir 5 600 kilomètres de côtes, les crabes, les crevettes et les différents poissons. Seulement, le non respect des lois et des normes favorise la mauvaise gestion. Certains pêcheurs utilisent des filets à petites mailles et d’autres exploitent les moustiquaires. Ainsi, les petits poissons qui devraient grandir, sont retenus dans les filets et voués au commerce. Il importe d’accroître l’effectif des ressources humaines chargées du suivi et du contrôle afin d'asseoir une gestion rationnelle de toutes les ressources halieutiques. »

Farah Randrianasolo

 

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×