La grossesse précoce, une autre forme de violence basée sur le genre

Mandritsara, une ville située à neuf cents kilomètres d'Antananarivo figure parmi les districts de la région Sofia, où la grossesse précoce risque de devenir un fléau social. La gestation prématurée détruit l'avenir des jeunes filles sachant que soit elles seront sujettes à la fistule obstétricale, soit elles recourent à l'avortement, en tout cas, tout cela compromet leur avenir.

Une petite pièce comprenant deux lits et un coin où les ustensiles sont rangés décrivent l'humble habitation d'Angélina, une adolescente de 15 ans, enceinte de son deuxième enfant. «  J'ai eu mon premier fils à 12 ans et j'ai dû arrêter mes études en classe de neuvième à l'école primaire d'Ambohimahavelona. Je ne savais même pas compter les jours, mais je suis surprise de découvrir que je portais un enfant dans mon ventre », raconte-t-elle.

Faute d'éducation, cette jeune fille a sacrifié son avenir en contrepartie d'un « moletry » qu'elle n'a pas encore obtenu. Le père du premier enfant n'a pas réglé la somme d'Ar 60 000 et offert un zébu, promis aux parents, et la jeune fille a préféré s'en séparer. Elle a trouvé un autre homme et s'est mise en ménage avec lui dans le but de décrocher une autre contrepartie, mais la voilà en train d'attendre l'accouchement de son deuxième bébé.

Angélina ignore ce que stipule la loi malgache. Son enfant n'a pas non plus d'acte de naissance. Les maris qui battent leurs femmes, ceux qui abandonnent leurs foyers, les mères de famille qui négligent leurs enfants constituent autant de violences au sein d'une famille. Dans les localités éloignées de la mondialisation et du développement, ni les jeunes filles, ni les parents, ni les géniteurs ne sont conscients que la grossesse précoce révèle une autre forme de violence basée sur le genre. Ils ne se rendent pas compte qu'avoir une relation sexuelle avec des mineurs équivaut à un acte de viol, même s'il y a eu consentement de la fille. Pet c'est un crime.

Éducation
Angelina n'est pas la seule à subir cette grossesse précoce. D'après le Dr Mamy Oswald Raveloson, médecin-inspecteur de Mandritsara, sur les 71 834 femmes en âge de procréer, 1 930 jeunes âgées de moins de 18 ans viennent au centre hospitalier pour une première consultation prénatale.

« Les jeunes vivent la liberté sexuelle à Mandritsara. Les parents ayant honte de la grossesse de leurs filles, approuvent l'avortement, et ils ne savent pas qu'elles deviennent les victimes d'un double crime. Bon nombre de bébés ne survivent pas et il n'est pas rare que les médecins procèdent par la suite à l'ablation du fœtus », commente-t-il.

Il poursuit que les agents communautaires qui interviennent dans les zones rurales, doivent renforcer la sensibilisation sur l'utilisation des méthodes contraceptives afin d'éviter la grossesse précoce, la grossesse non désirée et l'avortement.
Agathe Lawson, représentante-résidente du Fonds des Nations unies pour la population, témoigne qu'elle a eu sa fille à 17 ans. « Mais j'ai eu la chance d'avoir des parents qui m'ont poussée dans mon éducation et dans tout ce que j'ai entrepris pour arriver là où je suis. Il existe toujours un adulte qui pousse une jeune fille à aller dehors. Ce n'est pas parce que nous sommes pauvres que nous allons échanger nos filles contre de l'argent. Laissez-les aller à l'école, elles vous aideront plus tard. Considérez ces propos comme un message d'espoir et non comme une offense », martèle-t-elle. Avec la mondialisation qui court aussi vite que l'éclair, les jeunes sombrent dans l'inconscience et oublient qu'ils seront un jour les futurs leaders de leur pays.

L'adolescence, âge décisif
C'est à partir de l'adolescence, moment de vulnérabilité, que les filles commencent à prendre les décisions pour ce qui est de leur avenir. Mais à cet âge-là, la place des jeunes filles se trouve à l'école où elles acquièrent les bonnes connaissances et compétences, indispensables à leur développement intellectuel et physique. Si elles ne contrôlent pas leur émotion et leur sentiment à l'âge pubère, elles tombent vite dans le piège du plaisir charnel et ne tarderont pas à connaître la grossesse précoce qui mettra un terme à leur éducation ainsi que leur rêve de devenir enseignante, médecin, ingénieur, businesswoman...

Ils ont dit
Clarisse Rasoavazaha, mère d'une fille
« J'ai eu ma fille à 15 ans. J'ai quitté le CEG d'Ambohimandroso à 14 ans, car je me suis amouraché du père de mon enfant et nous avons dû nous marier selon la tradition. Il y a eu un arrangement entre les deux familles et nous avons emménagé ensemble, mais nous ne sommes pas encore légalement mariés jusqu'à ce jour. Mon mari qui est cultivateur, a reconnu sa fille et nous attendons notre deuxième enfant. Nous pratiquons le planning familial pour espacer la naissance de nos deux enfants. Un agent communautaire m'a rendu visite quand j'avais 17 ans et c'est elle qui m'a initiée à la contraception pour que l'espacement de cinq ans soit respecté ».

Dr Adrien Ralaimiarison, directeur général du l'hôpital Vaovao Mahafaly à Mandritsara
« Cette année, j'ai pris en main 110 mineures. Il est inimaginable de faire la césarienne d'une fille de 13 ans, la réparation d'une fistule recto-vaginale et vésico-vaginale des filles de 12 ans. Ce n'est ni une blague, ni un mensonge, mais la réalité. Tout le monde en est responsable. Les parents doivent assurer l'éducation à la maison et les enseignants à l'école. Les jeunes aussi peuvent s'éduquer entre eux dans la société en refusant les relations sexuelles précoces, portail de la propagation de l'infection à VIH. Je décourage aussi les jeunes filles d'avorter leur enfant si elles tombent enceintes. La réduction et la prévention de la grossesse précoce relève ainsi d'une bonne éducation sur tous les plans. »

Farah Randrianasolo

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