L’analphabétisme, un défi à relever

La chance de pouvoir aller à l’école ne sourit pas à tous les enfants. Le pourcentage indique un taux bas ou élevé d’une situation. En ce qui concerne l’alphabétisation, les chiffres révèlent que plus de 50% des Malgaches sont analphabètes. Laissons de côté les chiffres trompeurs car le sérieux problème concerne les personnes qui ne savent ni lire, ni compter, ni écrire. Comme quoi, l’analphabétisme est un fléau qui ronge la société.

En milieu urbain comme en zone rurale, l’illettrisme touche autant les enfants que les adultes. Un fait frappant démontre qu’un jeune écolier en T4 (8e) dans une école primaire publique de la périphérie d’Antananarivo ne sait pas lire. Sa grand-mère chez laquelle il a passé une semaine de vacances, a été écœurée quand elle a découvert que le petit écolier n’était pas en mesure d’articuler une syllabe.

« Tous les soirs, nous lisons la Bible. C’était son tour de lire un verset et j’étais surprise de le voir pointer avec son petit index le passage sans prononcer un mot. Il n’arrivait même pas à lire : M et A donne MA. Je me suis demandée comment il a pu passer en classe supérieure alors qu’il n’était pas fort en lecture », raconte-t-elle.

Avec courage et innocence, le jeune écolier a rétorqué qu’en classe, l’institutrice ne demande qu’à deux élèves de lire. « Je m’efforce de lever la main, mais elle ne me désigne pas. J’ai un livre à la maison, mais ma mère ne m’aide pas non plus en lecture. Personne ne s’occupe de moi. Je fais tout en tâtonnant », explique-t-il.

Cette année la Journée mondiale de l’alphabétisation a été célébrée avec faste sous le thème de l’« Alphabétisationpourle21e siècle ». A cette cérémonie, les différents responsables du ministère de l’Education nationale ont promis que l’alphabétisation deviendra une arme dans la lutte contre la pauvreté et un outil indispensable et moteur du développement.

 

Controverse

Il y a vingt ans, les personnes qui ne savaient ni lire, ni compter, ni écrire étaient considérées comme analphabètes. Il y a dix ans, avec l’avènement des nouvelles technologies, on avait affirmé que les personnes qui ne maîtrisaient pas l’informatique font partie des analphabètes. Les différents régimes ont déployé leurs artilleries pour éradiquer l’analphabétisme en scolarisant les enfants, en créant des filières professionnelles pour réinsérer les jeunes et les adultes car l’important était de les aider à retrouver l’autonomie pour qu’ils puissent améliorer leurs conditions de vie.

« Les programmes et les projets s’enchaînent, mais la faille se trouve dans l’absence d’évaluation et de suivi. Les initiateurs se contentent de mettre en œuvre le processus sans assurer la continuité des activités, donc la lutte permanente ne se poursuit pas. Comme les cibles se consacrent davantage à leurs activités quotidiennes, elles estiment que l’activité ponctuelle mentionnée dans le programme ou le projet n’est que temporaire. Dans les fokontany lointains et difficile d’accès, on peut trouver certainement jusqu’à 95% d’analphabètes », témoigne Isabelle Voarinirina, enseignante à l'école primaire publique d'Ampasimbe, commune rurale de Vohitranivona, district de Brickaville.

Cette mère de famille rapporte qu’avec la situation actuelle, la population rurale s’enfonce dans la pauvreté et le budget de faire fonctionner les centres d’alphabétisation fait défaut. Tout le monde se rappelle sans doute de la récitation : « …j’étais petit mais à présent que je sais lire, écrire, c’est bien certain que je suis grand. » À quelle grandeur se référait le petit écolier ? Est-ce par rapport au fait qu’il est suffisamment instruit et devrait arrêter ces études après le niveau primaire pour aider ses parents ? Est-ce par rapport à l’opportunité que lui ont donnée ses parents pour qu’ils n’abandonnent pas l’école avant l’obtention de diplômes ? Et le petit écolier, fier de ce qu’il est, termine : « … Le sac qui est à mon épaule dit que je suis un grand garçon. » Donnons donc à tous les enfants malgaches le temps et les moyens de les scolariser pour qu’ils deviennent des adultes instruits, bien éduqués et aptes à combattre la pauvreté.


Farah Randrianasolo

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