Felana Carol Rajaonarivony

L'art et l'objectif vers l'esthétique

Son parcours universitaire n'a rien à voir avec son métier. Jeune et passionnée de photographie, Felana Rajaonarivony Carol baigne dans ce métier jugé masculin. Mais pour elle, comme tout art, la photographie n'a pas de frontière.

Felana se souvient de sa tendre enfance et de son adolescence durant lesquelles elle aimait bien se prendre en photo. « Mon oncle et ma tante sont des photographes professionnels et à chaque occasion, je leur demandais d'immortaliser toutes mes apparitions que ce soit dans la chanson ou dans la danse », se rappelle-t-elle. Le sang artistique coule dans les veines de cette jeune femme car bien avant la photographie, elle a participé à la deuxième édition de l'émission de télé réalité Pazzapa en 2004.

Après l'obtention du diplôme de baccalauréat, elle a intégré la Sekoly Ambony momba ny Ita sy ny Serasera - École supérieure de l'information et de la communication au Collège Saint-Michel à Amparibe, optant pour la filière communication. « La publicité m'a toujours fascinée et j'étais confrontée à la théorie de la communication visuelle comme les affiches et les panneaux. De fil en aiguille, je me suis rendue compte qu'une photo peut émettre différents messages et qu'on n'a besoin ni de texte ni de son pour véhiculer ces messages », s’enthousiasme-t-elle.

Après la licence, Felana a petit à petit changé de domaine et a fini par atterrir dans le monde de la photographie. En 2008, elle était photographe stagiaire du festival Angaredona. Les expériences l'ont forgée et elle a réussi à monter sa propre entreprise. « Je sais que le métier de photographe est dur lorsqu’il faut marcher sur une distance de 45 kilomètres. Pourtant l'angoisse, la fatigue et l'appréhension disparaissent quand le métier vous passionne. Sinon, je trouve que le fait d'être une femme facilite l'accès, l'approche des gens », confie-t-elle.

Émotive et sensible, Felana essaie d'apporter un autre regard sur la photographie malgache : l'esthétique. Elle critique les ouvrages étrangers qui mettent en exergue des images négatives sur Madagascar. « Madagascar a plusieurs facettes de valeurs positives. Certains photographes mettent en avant les préjugés et ils ne voient que la pauvreté des Malgaches. Or, malgré la misère dans laquelle nous vivons, des sourires honnêtes et innocents laissent transparaître le bonheur », expose-t-elle. Felana a vécu cette situation lors d'une mission à Toliara après le passage du cyclone Haruna. L’attitude des sinistrés l'a émue. Ils n'avaient rien à lui offrir, mais ils étaient contents parce que des compatriotes leur rendaient une petite visite.

 

Inspirations
Felana apprécie énormément les œuvres de Tophos. « J'admire Masy Andriantsoa, Rindra Ramasomanana et Pierrot Men, mes sources d'inspirations, et j'ai découvert mon idole Elkana en 2010. Je n'imite pas ce qu'ils réalisent, mais ils me donnent des idées. Le style d'Elkana sort de l'ordinaire. En gros, le clavier d'un ordinateur ne vous dit rien. Lui, il shoote juste une touche et cela exprime beaucoup de choses », renchérit-elle.
A Madagascar, l'école de photographie n'existe pas. Les photographes doivent renforcer leurs capacités en poursuivant des cours et des formations. « Lire sur internet ne suffit pas. J'ai dû suivre des cours par correspondance, acheter des livres et apprendre des photographes professionnels de renom », admet-elle. Felana a fait des sacrifices pour arriver là où elle est. Surtout pas de crédit. Ayant commencé avec un simple appareil photo Compact en 2007, elle manie avec délicatesse actuellement son Canon 6D. Elle témoigne que pour que son projet aboutisse, elle a économisé pendant des années. L'épargne est devenue son fonds de roulement et en même temps d’investissements pour l'acquisition de nouveaux équipements. Elle vend ses anciens appareils à ses collègues afin de s'en offrir des neufs.
En 2011, elle a ouvert son studio « Felana Rajaonarivony » où elle excelle dans la photographie artistique (portrait, paysage...), institutionnelle et événementielle (mariage, baptême). Elle collabore avec des institutions comme la Banque mondiale, la BMOI. Elle contracte aussi avec des familles et des artistes à l’occasion de fêtes, de concerts, d’un lancement d'albums musicaux, et propose également le packshot des produits tels que les bijoux, les gammes de jus et le prêt-à-porter.
Au cours de ce second semestre, elle prévoit d'organiser des expositions individuelles où elle exhibera plusieurs prises de vue et où le public appréciera le noir et blanc, le paysage, le portrait. Bref, une exposition qui promet la netteté, la qualité et l'esthétique.

Farah Randrianasolo

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×