Exhumation, entre tradition et disparition

Les morts partent en lambeaux

Le "famadihana", une culture typiquement malgache, coûte cher. Pourtant, en ces temps difficiles, des familles arrivent encore à regrouper des milliers de personnes en organisant des festivités pendant plusieurs jours.

Us et coutumes obligent! Les Malgaches accordent une attention  particulière à leurs ancêtres, parents et proches partis à jamais. La  tradition veut que leurs esprits les protègent si en retour, ils leur  rendent hommage. C'est pour cette raison que les familles se réunissent  périodiquement et discutent de la tenue d'un "famadihana", retournement, exhumation ou encore translation de morts- qui devrait se  tenir tous les cinq, sept, neuf ou dix ans, selon leur convenance et  leurs possibilités financières. 
Le sens du devoir et de l'amour anime les descendants des aïeux décédés.  « Les anciens ont dit ‘ny vato nanambina aza hosora-menaka’, pourquoi  n’en ferons-nous pas autant avec nos parents, et lorsque nous les  aimons, il ne faut pas manquer de les ensevelir pour les respecter. Tout  le monde le sait, le ‘famadihana’ est l’unique moment pour témoigner à  tous l’union, la solidarité et l’entraide. Il sert également à raffermir  le lien familial entre les descendants parce qu’il y a les générations  qui ne se connaissent plus. C’est le moment ou jamais de présenter les  arrière-petits-enfants entre eux afin d’éviter le mariage incestueux  »,  détaille Eugène Rakotomalala, retraité.
D’après cette personne du troisième âge, ce grand événement se déroule  généralement pendant la saison hivernale entre juillet et septembre.  « Au moment où les récoltes abondent et où les paysans disposent de  vivres », poursuit-il.

Préparatifs
Le mot "exhumation", fait trembler les familles car il a trait aux  dépenses faramineuses : l'achat de linceuls, de bovidés, de porcs, la  location de la vaisselle, de la sonorisation, sans oublier les artistes  pour l'animation, surtout les troupes folkloriques de Hiragasy.  Récemment, la région Amoron’i Mania, a été le cadre d’un giga  « famadihana » durant lequel des artistes de renom ont assuré  l’animation pendant une semaine.
Dans certaines familles, l'organisation se passe autrement. "Nous ne  pouvons pas déterminer les dépenses engagées parce que toute la fratrie  s’est préparée pendant une année à l’organisation de cette réception de  grande envergure. Nous avons commencé à cultiver du riz, à élever des  porcs et quand tout le monde a pu réunir les éléments nécessaires, nous  avons fixé la date et nous voilà réunis", anticipe Dadanaivo Faneva  habitant Ambatolampy. Ce père de famille martèle que celui qui ne veut  pas accomplir son devoir envers ses parents demeure dans la médiocrité.  "Celui qui réalise son devoir, trouve toujours les moyens de sortir du  pétrin. C’est pourquoi nous avons travaillé dur  pour en arriver là",  enchaîne-t-il. 
Plus de trois mille personnes envahissent la cour de l'Espace Faneva,  samedi. Dès 8 heures du matin, les premiers invités ont été conviés à un   véritable "vary be menaka", comme s'ils assistaient à des noces. Tour  à tour, familles, amis, connaissances, voisins ont répondu à  l'invitation de la famille organisatrice. Comme le souligne Dadabe  Ramboason dit Bob Marley, lorsque les familles se donnent la main et  restent solidaires, elles réussissent tout. 
« D’ailleurs, la présence de ce beau monde justifie bien le fameux  ‘atero ka alao’ prôné par nos anciens. Je ne dirais pas que ces invités  viennent ici pour accomplir leur obligation ou devoir, ils arrivent  parce qu’ils considèrent encore le ‘fihavanana’ qui brise la barrière de  la différence entre Malgaches », conclut-il.
Côté vestimentaire, en de telles occasions, les « zana-drazana » portent  des T-shirts ou des chapeaux uniformes. La tenue varie toutefois d’une  famille à l’autre. Si les unes créent une série de robes, les autres  préfèrent rester sur le ton « habillé » où les hommes se vêtent d’une  chemise blanche, d’une cravate et d’un pantalon noir tandis que les  femmes arborent une minirobe dont le ton répond au goût de chacune. 

Repas à gogo
Visiblement, cette famille a investi plusieurs millions d'ariary ne serait-ce qu’à voir la quantité massive de riz (soixante sacs de 50 kilos) et de viande (plus de 2,5 tonnes de porc) servie aux invités. Dès 4 heures du matin, l'équipe d'Ambatolampy a commencé la cuisson du riz tandis que celle d'Ambohimandroso s'est chargée de la viande de porc. "Nous sommes entre familles ici. À chaque événement, chaque partie sait où elle intervient. Outre le travail à la chaîne, nous nous relayons aussi pour ne pas trop ressentir la fatigue", confie un neveu de Dadanaivo Faneva. Difficile de chiffrer le coût du repas. Cependant, il est possible de l’estimer approximativement en faisant un calcul sur le prix du kilo de riz, celui de la viande, des boissons hygiéniques ainsi que des légumes qui accompagnent le plat de résistance. Rien que pour le déjeuner, la famille a pu dépenser plus de Ar 23 millions

Ossements humains, quelle valeur?
Jusqu'à ce jour, personne n'a réussi à établir la thèse sur la valeur  des ossements humains. Le mystère reste difficile à percer parce que le  public énonce plusieurs hypothèses, telles que leur utilisation dans la  fabrication de diamant synthétique, la production de poignets pour  mallettes laissant la trace de drogue indétectable. Rien n'est sûr  pourtant, mais le pillage de tombeaux s’accroît et les voleurs ne  laissent que quelques pièces, miettes ou poudre. Apparemment, les  ossements humains font partie d’un bon business au même titre que le  bois précieux. Seulement, l'on ignore où ils vont et à quelles fins ils  sont destinés

La fanfare impressionne
La plupart du temps, l’animation est assurée par un groupe de cuivre composé de trois trompettistes et deux hommes à la percussion. Vendredi, un orchestre suivi d’une animation DJ a enflammé la scène et le jour J, la fanfare du gouvernement jouant plusieurs airs sous un grand chapiteau, a réuni grands et petits. L’ensemble a remarquablement interprété les anciens tubes dont des titres de Feon’Ala et ceux des quatre dernières années tels que « Zaho no tompon’ny lakile », « Assurée », "Samy mafoaka", ainsi que des variétés internationales comme « Azonto ». L’animation culturelle sera ponctuée vers mi-octobre par un autre rendez-vous avec des groupes de « vakodrazana » qui bouclera en beauté le « famadihana ».

Business à ciel ouvert
Quand une manifestation se tient quelque part, les commerçants en profitent pour faire fructifier leur business. Tout y est : canne à sucre, boissons alcoolisées et alcooliques, sucreries, brochettes, pop corn, clarinettes et yaourt à boire. En attendant le déjeuner, petits et grands échangent contre quelques monnaies et billets un petit encas. Les organisateurs de "famadihana" donnent champ libre aux multiples marchands qui veulent tirer quelques profits bien avant la clôture de la fête.

 

Farah Randrianasolo

(Lu sur l'hebdo de Madagascar)

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