Éducation à deux vitesses à Madagascar

Un vrai débat s'impose. Les différents dirigeants qui se sont succédé promettent tous de veiller à l'éducation en proposant une réforme radicale. Jusqu’ici, aucune amélioration n'est perçue, ni sentie, ni vécue. Le terme "réforme" demeure ainsi une illusion, du moins un rêve inachevé de tous les ministres de l'Education nationale. D'après William Ralalaharijaona, vice-président des Actions nationales pour l'éducation au développement durable (Anedd), cette réforme prend en compte la situation d'après 1810.

"L'éducation forge des hommes respectant les valeurs culturelles et bâtissant une nation. La situation chaotique de l'éducation avait commencé en 1895. Les Anglais ont mis leur empreinte dans le système éducatif, puis les Français sont également venus s'immiscer dans le système. Deux systèmes occidentaux différents ont accompagné toutes les générations. Il n'est donc pas surprenant de découvrir qu'à la déclaration de l'indépendance, Madagascar ne disposait pas de sa propre doctrine éducative. Quand les dirigeants ont voulu imposer la « malgachisation », ils ont échoué. C'est pour cette raison que l'État de droit n'est pas encore instauré. Tout se base sur le doute", fait-il remarquer.

L'exemple de la valeur de la monnaie malgache démontre bien cette instabilité. Bon nombre de citoyens négligent l'appellation "ariary" et ne peuvent se passer de prononcer le montant en français avec la valeur "franc". "Au lieu de dire 'roa arivo ariary', certains préfèrent encore lire 'deux mille ariary' et demander l'équivalent en 'franc' en multipliant par cinq pour arriver à 'dix mille francs'. En somme, c'est nous qui dévaluons notre argent en adoptant le système étranger", critique Philibert Ramarozatovo, commerçant.

L'intervenant de l'Anedd ajoute que la réforme n'est possible que si les différents responsables partent sur une bonne base à la suite d’un véritable débat, pour que l'éducation reflète bien la raison d'être d'une nation.

 

Réflexion

Des parents déplorent, d'une part, l'attitude de l'État qui n'intègre pas dans la fonction publique les enseignants payés par les parents d’élèves (Fram) et, de l'autre, les enseignants Fram dont le niveau dénigre l'éducation. "Parce que l'État n'a pas les moyens de payer les instituteurs fonctionnaires, les parents ont fini par engager des enseignants qui n'ont aucune expérience ni notion pédagogique. En outre, je ne dénigre pas les enseignants Fram, mais la plupart n'ont pas trouvé un emploi et croient gagner plus en enseignant dans les écoles, sans pour autant être motivés ou convaincus qu'ils accomplissent une mission sacrée", commente Hermine Rasendrarilala, retraitée.

L'exemple vient d'en haut, mais l'éducation n'est pas parachutée. La population malgache est constituée à plus de 80% de ruraux, ce qui implique que les écoles doivent être destinées aux enfants de cette tranche majoritaire. Logiquement, si les dirigeants disent qu'ils se concentrent sur l'éducation, qu'ils inscrivent d'abord leurs enfants dans les écoles publiques au lieu de les scolariser dans les établissements où l'éducation est considérée meilleure. Si ces enfants réussissent, c'est certain que le système éducatif malgache est fiable.

"Il nous est possible de penser à une éducation vouée à l'économie et axée sur le développement rural en raison du fort taux de population rurale. Inspirons-nous des Chinois qui maîtrisent leurs ressources. Ils n'avaient pas besoin d'apprendre le français et l'anglais pour contribuer à l'essor de leur pays. En somme, l'éducation relève de la responsabilité de tout un chacun", résume William Ralalaharijaona. Allant dans le sens d'une vision optimiste, ce dernier recommande aux dirigeants d'abandonner le double langage en synchronisant leurs paroles à leur vision.

 

L'effet de la mondialisation

 Une civilisation commande une éducation. La mondialisation n'est pas un phénomène nouveau. Lorsque les Européens se sont éparpillés dans le monde entier, ils ont ouvert le commerce, les routes maritimes, inventé l'écriture pour communiquer avec les ethnies de tous les continents. À l'heure actuelle, elle prend une autre forme et les Malgaches pensent qu'il s'agit d'une nouvelle méthode. Avec l'éducation, chaque citoyen pourra adapter son style et son mode de vie dans sa famille, dans son entourage, dans son entreprise et dans sa nation, mais à ce moment, l'éducation sert de rempart permettant à chaque individu d'éviter le dérapage.

"Tout compte fait, les Malgaches font face à une éducation prédatrice qui détruit leur identité culturelle. On parle de mondialisation alors qu'elle est mal perçue à tous les niveaux. Si elle est effective, l'ariary devrait avoir la même valeur que les autres monnaies étrangères, un travailleur malgache devrait percevoir le même salaire qu'un étranger pour un même diplôme. Toutefois, il faut rester vigilant quant à l'utilisation de la mondialisation, car elle pourrait nous induire en erreur avec les cultures qui ne sont pas les nôtres comme l'exemple du mariage pour tous. Sans vouloir offenser les homosexuels, j'aimerais leur demander quel genre d'éducation ils souhaiteraient inculquer aux jeunes ou aux enfants qu'ils comptent adopter alors qu'ils ignorent ce que signifie le devoir parental", avertit un éducateur qui souhaite garder l'anonymat.

Il enchaîne que les résultats de l'éducation ne se ressentent que vingt-cinq ans plus tard lorsqu'une personne élèvera un enfant âgé de 7 ans. Celui-ci reproduit l'éducation qu'il a reçue de ses parents et transmettra à ses descendants la même essence. Sûrement, un bon arbre donnera un bon fruit.

 

Farah Randrianasolo

 

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