Développement rural

La région Itasy tire son renom de sa forte potentialité agricole et économique. Grâce à l'appui financier du Projet de Soutien au Développement Rural (Psdr), des paysans ont pu élargir leur savoir-faire en surpassant la production et en embrassant la commercialisation sans intermédiaires.

 

Qui risque gagne. C'est avec cette philosophie que les fabricants de petits matériels agricoles de Merinavaratra d'Arivonimamo, les sériciculteurs d'Amboalefoka de Miarinarivo ainsi que les horticulteurs d'Ilempo d'Analavory ont accompli avec ferveur leurs activités. Ces derniers, bénéficiaires d'un fonds additionnel à hauteur de 85% de la part du projet ont complété avec 15% leurs ressources à titre d'apport bénéficiaire. Leurs petites affaires deviennent maintenant prospères car leurs sous-projets se concentrent davantage sur la commercialisation.

Hubert Rakotoarison, directeur régional de Psdr Itasy, Bongolava et Melaky affirme que le fonds initial avait pour but de soutenir les bénéficiaires dans la phase de production tandis que le fonds additionnel vise à rapprocher les producteurs des marchés, d'où la création de coopérative pour plus de synergie et répondre aux avis d'appels d'offres et à la qualité. Le coup de pouce du projet en faveur des paysans contribue ainsi au développement durable de chaque individu, de chaque groupement, de chaque localité et celui de la région.

 

Amboalefoka

Les sériciculteurs sortent de leurs cocons

« Nous avons adhéré à la politique de coopérative pour établir la vérité de prix et éviter les intermédiaires », tels sont les propos de Jean Claude Rakotonirina, secrétaire général de la coopérative Fiombonantsoa d'Amboalefoka, commune de Miarinarivo.

Élevage de vers, uisson de cocons dans la bassine de filature, bobinage dans l'assembleuse, moulinage avec le rouet, tissage par métier traditionnel et par métier industriel, la sériciculture comprend plusieurs procédés avant que les petites lentes blanches ne deviennent de beaux articles en soie. 17 artisans se réunissent auprès de cette coopérative et ils s'adonnent tous à la production de cocons de manière à ce que la quantité massive entre 80 et 120 kilos soit atteinte en une semaine. L'élevage des vers à soie avec les feuilles de mûriers se situe entre la période d'octobre à mai et c'est durant la saison de pluies que la production se ralentit. « Au bout d'un mois et une semaine, nous obtenons des cocons. En général, une personne obtient 40 à 80 cellules qui donnent 400 vers environs. A chaque cycle, on devrait recueillir entre 20 et 30 kilos de cocons », avance-t-il.

Cette coopérative travaille avec le système à la chaîne pour que chaque association puisse apporter sa contribution. En fonction de sa qualité, un kilo de cocons s'achète entre Ar 7 000 et Ar 14 000. Basilice Rakotovololonirina, présidente de l'association poursuit que cette productivité encourt des risques. « Un virus inconnu frappe les larves et elles ne parviennent pas à s'enfiler autour. C'est comme un genre de peste et la prévention contre cette maladie tourne autour de la propreté des ateliers et des équipements », clarifie-t-elle. Auparavant, la coopérative a pu obtenir 20 kilos de cocons avec vingt vers si actuellement il lui faut 40 vers pour produire la même quantité.

 

Obligation de résultats

La sériciculture connaît aussi des temps durs. Elle traverse une période difficile pendant l'hiver. A peine si les artisans obtiennent deux kilos de cocons. Flore Zakanirina Ravaoarimalala, membre de la coopérative assure la relation entre la clientèle et les producteurs. « La plupart de nos produits sont écoulés à Arivonimamo. Nous avons par ailleurs cette petite boutique où nous exposons notre savoir-faire et notre talent et cela nous permet d'attirer les passants sur la route nationale numéro un », ajoute-t-elle. Si les vers à soie manquent à Amboalefoka, certains artisans commandent des vers à sois sauvages en provenance d'Antsirabe pour renforcer les matières premières.

Pour Fiombonantsoa, la bonne production de cocons compte énormément dans la mesure où les tisseuses ne chômeront pas. « Nous devons produire davantage afin de pouvoir exporter des produits locaux car nous savons que nous avons des marchés à combler », conclut Basilice Rakotovololonirina. Les écharpes, les chapeaux et les chaussures s'offrent à partir de Ar 13 000.

Les activités de la coopérative se résume par l'achat et la vente de cocons, la vente de fils, la location de matériels et la transformation de fils en tissu. Si quelqu'un souhaite soutirer des fils en utilisant les machines de la coopérative, cette dernière lui taxe Ar 500 par kilo.

 

 

Merinavaratra

Les instruments en acier percent le marché local

Où peut-on trouver des sarcleuses, des herses et des charrues à la fabrication malgache e tà prix raisonnable ? A Merinavaratra, un petit village du fokontany d'Amby, commune d'Arivonimamo II. Mais il faut franchir une piste rurale tortueuse de six kilomètres soit à pied, en charrette, en vélo, en moto ou en 4x4. Ce hameau dénombre en fait deux coopératives à savoir Fototra et Soa qui excellent toutes deux dans la fabrication de Petits Matériels Agricoles (Pma).

La coopérative Fototra s'est dotée d'un groupe électrogène suite au fonds additionnel qu'elle a reçu du Psdr. Joséphine Rasoanjanahary, secrétaire du groupement rapporte que Fototra produit notamment des sarcleuses et des herses. « En moyenne, nous confectionnons 80 sarcleuses et 20 herses par semaine. Nos matériels investissent maintenant Antananarivo, Miarinarivo, Tsiroanomandidy et Toliara. Dans notre village, la qualité reste notre mot d'ordre car nous avons déjà surclassé la phase pilote », argue-t-elle.

Juste à côté, la coopérative Soa, disposant d'un poste de soudure, se voue aussi à la même activité. Concurrence ou complémentarité, difficile d'en déterminer la nature puisque hommes et femmes exécutent les mêmes gestes et exploitent les mêmes matières premières. Ces artisans s'approvisionnent en tas de ferraille dans les brocanteurs d'Ambalavao Isotry et à Arivonimamo. « En ce moment, nous produisons des matériels destinés au stockage, ce qui nous permet de souffler un peu. Avec les commandes, nous parvenons à réaliser 200 sarcleuses et 20 charrues par semaines. Comme l'électricité fait défaut dans notre village, nous avons installé notre poste de soudure à Arivonimamo qui nous rend l'assemblage de certaines pièces plus facile », détaille Rabemanajara, président de la coopérative Soa. Le succès de cette coopérative va au-delà de la région Itasy puisque leurs Pma se vendent à Fianarantsoa, Mahajanga, Antananarivo, Tsiroanomandiry, Morondava et Marovoay.

 

Avantages

Comme tout travail numéraire, une activité artisanale génère aussi des revenus et logiquement, les conditions de vie des artisans et de leurs membres de familles s'améliorent. La majorité des hommes ont acquis des motos facilitant leur déplacement entre Merinavaratra et Arivonimamo et les relations avec les clients. De plus, la vie va de mieux en mieux. « La commercialisation multiplie nos ressources et nous pouvons scolariser nos enfants et nous pouvons nous permettre d'une bonne qualité alimentaire », témoigne Victorine Rasoarilala.

Du point de vue collectif, les deux coopératives ont choisi de mettre au profit de leurs associations membres les fonds collectés. Fototra a utilisé ses profits pour l'achat d'une maison à Arivonimamo qui lui servira de magasin de stockage et de boutique. Quant à Soa, ses bénéfices sont placés sous un compte Cecam en guise de « Tsinjo lavitra » où les membres auront le droit d'effectuer des opérations de prêt et d'épargne.

 

Questions à

Jean Barthélémy Ratovokarivo

« Les divers financements sont d'une aide précieuse »

Peut-on savoir les filières porteuses dans la région Itasy ?

La riziculture tient la première place car elle contribue à l'autosuffisance alimentaire. Si l'eau est maîtrisée, la production annuelle avoisine les six tonnes à l'hectare. Sinon, le riz pluvial commence à être en vogue avec le système de compost au téphrosia. La région, avec le soutien de ces partenaires promeut la culture vivrière et la culture de rente. La culture de maïs, de tomate, de pommes de terre, de haricot vert, d'ananas, d'avocat, de papaye, d'orange, de café, de litchi, de gingembre, de pastèque, de potiron et d'oignon se développe et les rendements sont encourageants. Nous allons aussi relancer la filière soie afin que la région ait son propre label.

 

Si les partenaires se retirent, la région pourra-t-elle assumer seule le développement rural ?

La réalisation d'un travail sans partenaire est inimaginable. Le changement climatique a chamboulé les techniques culturales et l'état des terres. Ce qui implique que la région et les paysans ont toujours besoin du soutien des programmes et des projets. Les appuis techniques et les divers financements sont d'une aide précieuse pour la maîtrise d'eau, la construction de barrages, la promotion de l'artisanat et le reboisement qui lutte contre la déforestation.

 

La région a-t-elle encore besoin d'un autre appui ?

Le Projet de Soutien au Développement Rural a épaulé les associations dans la mise en place des Greniers Communautaires Villageois (Gcv). Le riz de Maevatanana et d'Alaotra Mangoro arrive dans la région Itasy, nous avons de ce fait besoin de rizerie et de décortiquerie qui constitueront des valeurs ajoutées. La formation technique en génie rural, en industrie, en environnement et en commerce mérite d'être renforcée pour que chaque spécialité rehausse la notoriété d'Itasy.

 

 Farah Randrianasolo

(Lu sur L'Hebdo de Madagascar)

 

 

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