Bien dans sa peau, bien dans sa tête

Une belle silhouette, une belle paire de jambes longues, de beaux habits et un visage bien maquillé…des hommes aussi en ont. Lorsque les descendants d’Adam se décident de s’habiller et de se comporter comme les femmes, ils ont choisi de se travestir, changent d’identité et deviennent « elles » tout en gardant leur statut d’homosexuels, mais certains restent travesti en gardant leur hétérosexualité.

Certaines d’entre elles se travestissent en permanence et d’autres le font temporairement. La société a toujours considéré ce genre de déguisement et de comportement comme immoral car une personne ayant les caractéristiques mâles et qui se métamorphose en femme est mal vue. Maladie ou état, personne n’a encore pu prouver la véritable théorie.
Angèle (+), 27 ans, mène une vie particulière. Le jour, elle s’arme de ses qualités masculines pour se rendre au travail. Son entourage sait qu’elle appartient au groupe d’hommes ayant une relation sexuelle avec des hommes mais son statut n’a jamais posé aucun problème à ses supérieurs hiérarchiques. « Cela fait trois ans que je travaille en tant qu’animateur et pair éducateur auprès d’une organisation. Les jeunes que je fréquente ignorent que je suis gay. Du moment que j’accomplis convenablement  mon devoir, je me sens bien. J’estime que me rends utile au service de la société car je réponds au souci des jeunes surtout en matière de prévention contre l’infection à VIH  », raconte-t-elle. Angèle n’a pas de compte à rendre à qui que ce soit. Elle mène une vie tranquille avec un de ses neveux sans déranger personne de la société.

Après le travail, elle se travestit si elle le veut. Elle se rend chez des amies avec lesquelles elle discute de tout et de rien. Lorsque le groupe décide de faire une petite virée en ville, toutes les filles se maquillent et s’habillent comme elles veulent. D’après Angèle, le maquillage lui prend un temps fou. « Le soir, je me sens femme très épanouie. Là, je sors mon joker et me revêt de mon identité d’Eve. Je passe mon temps devant le miroir pour me maquiller parce que c’est un moment privilégié où je dois bien harmoniser la couleur de mon maquillage avec celle de mes vêtements. J’avoue que j’ai investit un budget énorme pour les effets vestimentaires, les accessoires, les chaussures et les parfums. En somme, pour un travesti, le code vestimentaire compte beaucoup et tout est question de goût car il faut savoir rester raffinée aux yeux de tous », ajoute-t-elle.Bien que vivant son orientation homosexuelle, elle a connu une aventure amoureuse avec une jeune femme. « Disons que je l’aimais bien cette fille. Seulement, notre relation ne pouvait pas durer parce que je ne devais pas éveiller les soupçons de sa famille. Elle me disait de ne pas adopter mes manières habituelles, que je devais me comporter comme un véritable homme et changer ma façon de tenir une cigarette. Au bout d’un mois, j’ai arrêté. Je me disais que je ne peux plus continuer cette comédie sinon, je craquerai et tout le monde découvrira qui je suis réellement. Nous avons quand même gardé un bon contact et on s’appelle pour se donner des nouvelles ou pour traiter une affaire ensemble », poursuit-elle.

Comme tout le monde, Angèle a connu une mésaventure. Un soir, elle est sortie avec quelques hommes et ils se sont rendus dans un endroit de la périphérie. Elle se souvient encore de la mauvaise farce que ses compagnons lui ont réservée. Ils lui ont dit que la voiture était tombée en panne et qu’elle devait pousser celle-ci avec les autres. A peine qu’elle ait effectué trois pas, la voiture a redémarré et les hommes ont pu courir et s’enfuir avec la voiture la laissant toute seule au beau milieu de la route en pleine nuit. C’est le pire cauchemar qui restera gravée à jamais dans la pensée d’Angèle. Cette dernière reconnaît que les homosexuels et les travestis endurent la stigmatisation et la discrimination de la société. « C’est très fréquent. Les hommes se moquent de nous. Ils nous lancent des propos injurieux, nous enlèvent les perruques et certains nous battent. Je devrais rappeler à la société malagasy qu’aucune loi n’interdit l’orientation sexuelle d’une personne, que cette dernière est libre de choisir la vie qu’elle veut mener », a-t-elle imploré. 

Zo, une amie d’Angèle dans le groupe ; a confirmé que d’autres personnes ternissent leur image. « Certaines qui se prostituent s’habillent de façon vulgaire et ruinent parfois notre réputation. Il y a un code à respecter dans le monde du travestisme tant sur le plan vestimentaire que comportemental alors il ne fait pas le prendre à la légère », souligne-t-elle.
D’ailleurs, une association regroupant des hommes ayant une relation avec des hommes (SHS) existe à Madagascar. Elle réunit des membres bien dynamiques qui ont toutes leurs activités respectives dans la vie quotidienne. Chantal, la vice-présidente de l’association précise que les jeunes gays ne sont pas autorisés à intégrer l’association. « Nous avons un règlement et il faut avoir au minimum 21 ans pour adhérer à notre association. Certains jeunes homosexuels agissent derrière le dos de leurs parents et ce qui leur arrive ne nous concerne pas parce qu’ils ne sont pas sous notre responsabilité. A eux donc d’assumer pleinement les conséquences de leurs actes ». Les membres de cette association se mobilisent dans la lutte contre le VIH et sida mais n’encouragent pas pour autant les jeunes à les imiter ou à se lancer sur leur trace car chacun a son choix. Bref, hétérosexuel ou homosexuel, tout le monde est né égal et a le droit de vivre.
(+) : nom d’emprunt

Farah

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