Bako Ratsifandrihamanana : La gardienne du fair-play

Si les sirènes existaient réellement, la nageuse Bako Ratsifandrihamanana aurait pu être l’une d’entre elles.

 

Heureux comme un poisson dans l’eau, cette référence nationale du sport décide de faire surface et de briser le silence, ne voulant plus demeurer comme une carpe muette.

Toujours aussi dynamique, cette mère de trois garçons n’oublie pas que même si elle ne participe plus aux compétitions dans les bassins, elle mène un autre combat dans la vie, celui du développement durable en faveur de la jeunesse et du sport. Ayant commencé la natation à l’âge de neuf ans, Bako a été sacrée championne de Madagascar à treize ans. Tout au long de sa carrière de seize ans, elle détient treize records dont quatre conservés jusqu’à ce jour à savoir les 50 et 100 mètres en nage libre dans les bassins de 25 et 50 mètres. Elle garde ses meilleurs souvenirs en défendant la couleur nationale dans divers déplacements à l’étranger. « Grâce à la natation, j’ai pu me rendre au Canada, en Uruguay, à Zagreb, en Russie, aux Seychelles, en Algérie, en Egypte, au Kenya, à Maurice et dans d’autres pays. Ces voyages m’ont donné l’opportunité de m’ouvrir à d’autres horizons et de faire des comparaisons. Puis, je constate qu’à Madagascar, bon nombre de personnes restent oisives », confie-t-elle.

Après avoir servi dans le secteur privé, cette sixième fille de la fratrie a pris sa retraite et s’est orientée vers l’entrepreneuriat et se concentre actuellement sur l’enseignement car elle juge que l’éducation à Madagascar s’est dégradée et qu’elle doit se mobiliser pour sauver la jeunesse. C’est l’une des raisons qui l’ont poussée à créer l’association Aide Initiative Développement Entrepreneuriat Nouvelle Génération (AIDE Nouvelle Génération) en 2012. « Ban Ki Moon disait qu’il faut aider les jeunes à devenir des adultes éclairés et qu’il faut créer des hommes et des femmes responsables pour l’avenir de leur pays. La jeunesse et l’éducation sont tant négligées que tous les maux apparaissent dans la société. La philosophie de Conficius prône l’approche participative en faveur du développement durable en abandonnant l’esprit d’assistanat, c’est-à-dire, au lieu de donner du poisson à quelqu’un, on lui procure du filet. Notre association agit ainsi pour inculquer le concept du long terme et de la pérennité aux jeunes », explique-t-elle.

 

Fair-play

Passionnée, Bako abrite en elle l’esprit combatif pour réussir. Moulée dans l’olympisme, cette nageuse avoue que sans le sport, elle n’a pas pu évoluer dans sa carrière. « Dommage que le sport n’est pas obligatoire à Madagascar. Tout sportif de toutes les disciplines sait très bien ce qu’est le fair-play. Lorsqu’il est battu, il est tout normal qu’il félicite le gagnant. En natation, le second sert tout de suite la main du premier pour lui rendre hommage à sa victoire. Il reconnaît ainsi que le meilleur gagne », relate-t-elle. Elle souligne qu’il n’y a plus démocratique que le sport. Elle se réfère à la situation actuelle en la désignant de période de guerre où tous les combattants se focalisent sur la manière de gagner toutes les étapes.

Bako s’est présentée aux législatives dans le troisième arrondissement et elle félicite celle qui a remporté plus de voix dans cette juridiction. Elle demande le grand pardon aux électeurs qui ont placé leur confiance en elle. « Je ne me suis pas investie dans la préparation et je sais qu’ils sont insatisfaits : moins d’affiches, aucune publicité ni marketing. Et voilà le résultat », informe-t-elle. Dans cette course aux sièges à l’Assemblée Nationale, Bako peut répondre aux termes de références sauf qu’il n’y a qu’un seul élu à l’issue d’une élection et il faut respecter la voix des urnes.

 

Renouveau

Dans la famille, Bako est entourée de personnalités politiques. « Tout le monde m’a rappelée qu’un des mes oncles était un homme fort dans le troisième arrondissement. Ensuite, j’ai deux cousines ministres et tout cela m’a amenée à écrire sur Facebook depuis 2009 l’importance des élections pour que la population puisse exprimer son choix. Quatre ans plus tard, cela est réalisé et chaque Malgache contribue maintenant la réanimation de son pays », renchérit-elle.

Malgré la défaite qu’elle a connue, l’apôtre du fair-play souligne qu’elle ne cessera pas d’œuvrer pour le développement et accepte de prêter main forte à ceux qui désirent collaborer avec elle. Elle peut s’adapter à tout. En cette période de mondialisation, elle lance un appel aux anciens politiciens de laisser derrière les méthodes archaïques et insulaires qui empêchent le pays d’avancer. « C’est le moment opportun de se tourner vers l’Asie car d’après les études occidentales, les Asiatiques ont un niveau d’intelligence plus élevé. Considérons nos frères et sœurs qui étudient en Asie et faisons que la stratégie devienne une matière à enseigner dans les universités pour compléter le leadership », recommande-t- elle. Bako opte ainsi pour le renouveau des partis politiques pour que la population voie leur bonne image sachant qu’il importe de servir l’intérêt général du peuple. Elle prône la philosophie du travail qui résout tous les problèmes socioéconomiques. Elle conclut que le travail permet à tout un chacun d’accroître la croissance économique de son ménage et de sa nation car sans travail, un individu serait obligé d’encourager ses pairs à se manifester. « Et qui dit manifestation, dit bombe lacrymogène. Cette tension conduira par la suite à l’insécurité qui poussera les investisseurs à plier bagage. Sans investissement, aucune ressource et en conséquence, les touristes choisiront une autre destination comme la Thaïlande et nous revoilà à la case départ », conclut-elle.

 

Farah Randrianasolo

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