"L'élaboration d'une stratégie émane des besoins locaux"

Pour Bebe Razaiarimana, secrétaire permanente du Plan d'actions pour le développement rural (SP/PADR), l'élaboration d'une stratégie pour n'importe quel développement devra toujours se baser sur la formulation des besoins de la population.

 

. Que faut-il savoir sur la genèse du Plan d'actions pour le développement rural ?

Le Plan d'actions pour le développement rural (PADR) est à la fois un document et un processus. En 1994, le ministère de l'Agriculture a élaboré un premier document concernant la politique pour le développement rural. Trois ans plus tard, la Banque mondiale a organisé un atelier afin d'éviter le saupoudrage de projet et à l'issue duquel quelques personnes compétentes ont constitué un groupe qui s’est transformé en équipe permanente de pilotage du PADR. C'est en 1999 que celui-ci

est institutionnalisé par le décret 99-022 du 20 janvier 1999 et sous tutelle de la primature.

 

. Comment peut-on distinguer le document du processus?

Le PADR, en tant qu'organisme, constitue une plateforme de coordination, d'harmonisation et de concertation de tous les partenaires techniques et financiers en matière de développement rural. Le but étant de décloisonner les sous-secteurs et d'adhérer le secteur, public et privé, à l'approche du développement rural et durable. Il sert ainsi de cadre permettant de concevoir, définir et orienter les stratégies et les programmes de développement rural à Madagascar. En 2006, il y eut l'institutionnalisation du Programme national pour le développement rural qui est le document référentiel de base à tous les programmes et projets de développement rural et tous les acteurs ont le droit de l'utiliser.

 

. Comment se fait-il que le PADR soit chapeauté par la Primature et non par le ministère de l'Agriculture?

La structure implique plusieurs ministères. Elle intègre les secrétaires généraux des ministères des Finances, de l'Environnement, du Commerce, des Travaux publics, de l'Éducation, de la Décentralisation, des Transports, des Recherches ainsi que les coordonnateurs et directeurs généraux de programmes/projets tels que le Fonds d'intervention pour le développement, le Projet de soutien au développement rural (PSDR) et le Programme national foncier, entre autres. Quand nous nous référons au développement rural, il faut considérer tous les secteurs allant de l'agriculture, la pêche, l'élevage au volet éducation-formation, en passant par les infrastructures routières, la santé. Toutefois, depuis 2006, le PSDR se concentre sur la partie économique.

 

. Quels sont les autres organes qui composent l'organisme?

En premier lieu, le Comité interministériel d'orientation et de validation, présidé par le Premier ministre, et les ministres concernés valident les interventions à mettre en œuvre. Ensuite, nous avons l'équipe permanente de pilotage qui assiste le secrétaire permanent qui assure le fonctionnement du PADR. Puis, le Groupe de travail pour le développement rural au niveau des vingt-deux régions représentés par six collèges chacun et réunissant les organisations paysannes, les autorités locales, les opérateurs privés, les organisations non gouvernementales et les programmes/projets, les services déconcentrés des ministères chargés du développement rural et les structures de formation rurale. Enfin, il existe les groupes de travail centraux composés de personnes issues de divers horizons. Ces derniers mènent des réflexions sur des thèmes spécifiques transversaux.

 

. Pour quelles raisons, d'après vous, les dirigeants et les acteurs devront-ils accorder une importance particulière au développement rural?

Nous sommes intervenus dans des régions agro-écologiques. Nous avons ainsi commencé toutes les actions à partir des besoins locaux. Des ateliers se sont tenus au niveau des communes et des districts afin de détecter les potentialités de chaque localité, d'étudier les problèmes ainsi que les réalisations possibles. Voilà pourquoi l'élaboration d'une stratégie émane des besoins locaux, c'est-à-dire partant des priorités mentionnées dans le plan communal de développement. Pendant des années, les projets ont été ébauchés sans avoir consulté les futurs bénéficiaires alors que pour atteindre le véritable développement, il faut éviter à tout prix le système "top-down", mais prendre en compte l'expression de besoins des fokontany, des communes, des districts et des régions. Il importe de ce fait de mettre en cohérence toutes les interventions visant l’objectif primordial de la lutte contre la pauvreté.

 

. Le PADR existe depuis quinze ans, quels sont les résultats pertinents de ses interventions?

Le PADR est à l'origine de tous les projets concernant l'agriculture, à savoir le PSDR, la Lettre de Politique de bassin versant et du périmètre, l'ONG Saha, la Lettre de politique de la sécurité alimentaire, la Politique nationale de l'aménagement du territoire, les résultats d'études sur les GTDR, l'évaluation environnementale du PADR, la Stratégie nationale adaptation sucre, sans oublier la mise en place des différentes plateformes au niveau régional concernant les filières et la révolution verte. Nous produisons également le bulletin trimestriel du PADR qui donne des informations et des résumés sur le secteur rural, l'Horizon qui parle du riz, des produis de première nécessité, du maïs, du manioc, des patates douces ainsi que de l'importation et du cours international du riz. Nous éditons aussi l'Info Hebdo qui relate le prix moyen du riz sur le marché local et nous collaborons avec les informateurs de 117 districts pour recueillir les informations nécessaires. En ce qui concerne le Réseau Observatoires du riz (Cahier ROR) et le Petit OBS, les deux publications coûtent cher, car une enquête jusqu'à la sortie d'un cahier pour une région s'estime à Ar 50 millions. Avec l'appui financier de la Banque mondiale, de l'Union européenne et de l'Agence française de développement, nous parvenons encore à produire à faire paraître ces ouvrages.

 

. Nous faisons face à la mondialisation et l'exode rural s'amplifie, que propose-vous pour que les jeunes s'intéressent davantage au secteur rural?

Les jeunes devraient être convaincus qu'ils doivent retourner dans leur ville natale pour booster l'économie rurale. Il importe également de réviser les stratégies sur la formation des jeunes ruraux, de les orienter dès la petite classe pour qu'ils aient un minimum de savoir sur l'agriculture et de notion de base. Ce, afin d'éviter l'abandon scolaire. Certes, certains complètent le niveau troisième, mais faute d'orientation, ils ne sont pas en mesure de réaliser quoi que ce soit. Par exemple, une formation technique initie les jeunes au métier de fabrication d'outillage agricole. Le programme de Formation professionnelle et d'amélioration de la productivité, financé par le Fonds international de développement agricole sert de modèle dans les régions Vatovavy-Fitovinany et Matsiatra-Ambony. De plus, il est préférable de ré-établir le service national pour que les jeunes s'imprègnent des réalités du terrain, apprennent à gérer leur vie et respectent la discipline. Je me souviens qu'à une certaine époque, nous avons reçu une rétribution mensuelle d’Ar 2 500 avec laquelle nous avions dû approfondir le système de gouvernance financière individuelle.

 

. Quel est votre dernier message concernant l'appui au développement rural?

Nous sollicitons l'État de redynamiser et de reconsidérer le PADR en tant que plateforme de coordination et d'harmonisation, notamment en cette période de relance en faveur du développement. Personne ne doit ni sous-estimer ni négliger le secteur rural qui génère tous les produits, dont nous avons besoin au quotidien.

 

Profil. Engagée

Économiste de formation, la secrétaire permanente du PADR en contact permanent avec les zones rurales appréhende les différents problèmes que rencontrent les paysans. Une expérience inoubliable dans la culture du coton à Mampikony lui a ouvert plusieurs portes. Elle a fait ses premiers pas au sein du ministère de l'Agriculture en tant que chargée d'enquêtes. Après plusieurs séances de formation en informatique, elle a participé à la réforme de la gestion du personnel auprès de cette institution. Elle a, par la suite, occupé le poste de chargée d'études et responsable de suivi des régions Boeny, Melaky, Diana, Sofia et Sava pour le compte de l'Unité des politiques de développement rural. C'est en 2004 qu'elle a intégré le PADR et assumé la fonction de secrétaire général du ministère de l'Eau en 2008. Convaincue des interventions à entreprendre en faveur de la coordination du développement rural, elle est revenue dans le secteur et se déclare prête à pousser celui-ci le plus loin possible.

 

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