Nanie Ratsifandrihamanana

« Nous souhaitons une cohabitation saine favorisant le dialogue et la collaboration »

Anitry ny Aina Ratsifandrihamanana- Nanie pour les intimes et les professionnels- assure actuellement la fonction de Country director du bureau du programme du World Wild Found for Nature (WWF) et dans l’océan Indien occidental. L’experte de la conservation confirme qu’elle servira l’intérêt de Madagascar, de ses ressources et de ses communautés.

 

. Comment percevez-vous cette nouvelle attribution en tant que Malgache et surtout en tant que femme ?

WWF international m’a désignée et j’en suis honorée. Cela fait longtemps que les Malgaches aspirent à ce nouveau souffle et cette étape est cruciale pour nous, car nous avons avancé et nous continuons à avancer pour l’amour de la nature et pour l’amour de Madagascar. Etre femme ne constitue aucun obstacle quant à la réalisation des missions sachant qu’à compétences égales, homme ou femme, les résultats à obtenir restent les mêmes.

 

. Quelles sont vos priorités durant votre mandat ?

Pour le mandat de trois ans, nous allons renforcer la méthode de travail à l’interne pour que les stratégies adoptées se focalisent sur les paysages prioritaires, soit les zones d’intervention de WWF, à savoir le Plateau mahafaly ans l’Atsimo-Andrefana, les mangroves du Menabe, les forêts humides de Marojejy et le Canal de Mozambique. Madagascar sort de la crise et nous en profitons pour asseoir une bonne base du développement durable dans le but de recueillir des impacts à long terme et non des avantages éphémères. Dans ces paysages prioritaires, il existe les forêts, les ressources halieutiques, l’aire protégée marine où les activités de conservation s’apparentent.

 

. Depuis des années on accorde des financements importants à l’environnement tandis que la population meurt de faim : comment pourrait-on comprendre ce paradoxe ?

Certes, des fonds ont été alloués pour la conservation, qui ont été réduits durant la crise, mais les associations et organismes ont déployé les moyens dont ils disposent pour maintenir l’appui des communautés de base. Certains réussissent tandis que d’autres sont voués à l’échec. Plus de 70% de la population dépendent des ressources naturelles et n’oublions pas que le développement durable a un lien étroit avec la protection de l’environnement. Pour que ces populations vivent, il faut une politique puissante qui régit l’application de la loi, la gouvernance et l’éducation de tous.

 

. Quelles alternatives sommes-nous obligés de choisir pour que l’environnement puisse rendre service à la population et vice-versa ?

Nous connaissons les différentes menaces qui s’abattent sur la nature et la plus dangereuse d’entre elles est notre dépendance au bois-énergie. Chaque ménage compte sur le charbon et le bois de chauffe. Nous avançons la solution de reboisement, d’utilisation de briquettes ardentes et de réchauds économes, mais sans une structure pour consolider ces acquis, les compétences et les capacités disparaissent. Voilà pourquoi, lorsqu’un projet arrive à terme, tout s’arrête et la pérennité nécessite un accompagnement dans le cadre politique et réglementaire.

 

. A Madagascar, chaque organisme s’implante dans une zone définie, n’envisagez-vous pas de travailler ensemble et de créer un bon voisinage ?

Tout organisme travaillant dans la conservation n’appartient à personne. Il agit dans l’intérêt du peuple entier. Dans ce cas, nous souhaitons une cohabitation saine favorisant le dialogue et la collaboration entre intervenants en tant que partenaires. Il se pourrait que les activités s’empiètent, mais ensemble, nous pouvons trouver un terrain d’entente pour une meilleure coordination et organisation.

 

. Hormis la question d’empiètement d’activités, quels autres problèmes rencontre-t-on dans le secteur de l’environnement ?

Nous nous sommes engagés dans la multiplication des aires protégées, mais le conflit d’utilisation de l’espace demeure un gros problème à résoudre. On délimite une zone particulière en une nouvelle aire protégée alors que des obstacles relatifs à l’agriculture, aux mines et l’élevage dominent et ce genre d’épreuve freine le développement durable.

 

. L’avenir de Madagascar pourra-t-il un jour afficher son statut d’île verte et vivante ?

Les forêts se dégradent alors que la population devra toujours dépendre d’elles. Jusqu’ici, nous n’avons pas encore abouti à la lutte contre le ‘tavy’ et le ‘charbon’. Pourtant, nos forêts sont à l’origine des ressources en eau, régulent les précipitations. D’une part, les activités économiques se développent à une vitesse incroyable, dont les conséquences nuisent à l’environnement ; de l’autre, nous ne maîtrisons pas non plus le changement climatique et nous subissons tous les méfaits de ces pressions. Seul un écosystème sain résiste au changement climatique. L’avenir de la conservation exige un engagement particulier où chacun continue son action dans la persévérance, dans le courage, dans l’audace, dans l’humilité et dans la modestie car il s’agit d’une conviction à long terme.

 

Profil. Passionnée

Cette sortante de l’Ecole normale supérieure d’Antananarivo a trouvé une nouvelle orientation en entrant en contact avec la nature, sous le projet Parc national de Ranomafana. Par la suite, elle a travaillé au sein de l’ancienne Agence nationale de gestion des aires protégées et s’est rendu compte qu’il lui faut approfondir les connaissances en conservation. Des études à Corneil University ont aiguisé ses compétences en gestion de l’environnement et en éducation environnementale. Elle a toujours mis les pieds dans la nature et la conservation. Ayant accompli ses premiers pas à WWF Madagascar en 2000, l’enseignantes et éducatrice a tenu différents postes en tant que chargée de suivi-évaluation, directrice de conservation, conseillère technique de WWF International (Bassin du Congo, Afrique de l’Est, Forêt de Bornéo) avant d’accéder au poste de country director.

 

Propos recueillis par Farah Randrianasolo

 

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