Lovy Hervet Rasolofomanana

« Le secteur EHA nécessite des fonds extérieurs »

Madagascar n’atteindra pas les défis des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) de 2015 en matière d’eau, d’hygiène et d’assainissement (EHA). Les moyens financiers font défaut et le représentant-résident de Water Aid, Lovy Hervet Rasolofomanana, explique qu’il faut des fonds extérieurs pour parvenir à ces objectifs.

. Quelle est la situation actuelle de Madagascar en matière d’eau, d’hygiène et d’assainissement ?

Nous sommes à moins de mille jours de la date butoir des OMD. Madagascar n’atteindra pas la cible numéro 7 concernant la réduction de moitié du nombre de personnes qui n’ont pas accès à l’eau potable et le nombre de personnes qui ne bénéficient pas d’un service d’assainissement adéquat. Par rapport à 1990, année de référence, on ambitionne un taux d’accès à l’eau potable de 68% en 2015 alors que le rapport de 2010 révèle un taux de 44%.

. Comment peut-on gagner le défi ?

C’est vraiment impossible d’y arriver même si on y alloue un financement. L’enquête auprès des ménages de l’Instat montre qu’entre 1997 et 2010, le taux de croissance pour l’accès à l’eau potable n’est que de 1,77%. Il sera donc difficile de passer de 44% à 68% en deux ans. La situation est pire dans l’assainissement. Selon le Joint monitoring program, l’accès aux latrines améliorées avoisine les 7% en 1990. Dix ans plus tard, la proportion a augmenté à 15% alors que l’objectif à atteindre en 2015 est de 52%.

 . Comment vos études et recherches expliquent-elles l’incapacité de Madagascar à avancer ?

Par le manque de financement. Les recherches en 2010 ont supposé qu’il faut dépenser jusqu’à 200 millions USD par an pour atteindre les OMD. Or, les prévisions présentent une rétribution de 35 millions de dollars par an en faveur du secteur. Concrètement, en 2011, l’EHA n’a obtenu que 34 millions contre 17 millions en 2012.

. Quelle est la part de contribution de l’Etat ?

L’Etat ne s’en sort pas car sur 17 millions de dollars, il en a mobilisé deux millions pour les investissements et un million pour le fonctionnement. Le secteur EHA nécessite des fonds extérieurs, sachant qu’entre 2000 et 2012, 60% du budget proviennent du financement extérieur.

 . Comment pourrait-on sensibiliser les bénéficiaires à y contribuer ?

En matière d’assainissement, c’est le propriétaire qui prend en charge la construction de la latrine améliorée moyennant Ar 15 000 pour l’achat d’une dalle Sanplat. L’adduction d’eau potable par personne engage, par contre, une dépense de Ar 75 000 et cela devrait être subventionnée par l’Etat ou les bailleurs de fonds.

. Water Aid travaille pour le secteur EHA. Quels résultats avez-vous enregistrés à partir des actions que vous avez amorcées ?

Plus de douze millions de personnes n’accèdent pas à l’eau potable et défèquent à l’air libre. En treize ans d’intervention, nous avons pu donner à 600 000 personnes leurs droits fondamentaux en termes d’EHA. Nous ne pouvons pas prétendre tout réaliser car il s’agit d’un challenge où tous les bailleurs sont invités à le relever. Les bailleurs traditionnels tels que l’Unicef, l’Union européenne, la Banque mondiale, le Bad, le Pnud appuient déjà le secteur, mais d’autres partenaires financiers devraient également le soutenir.

. Quelles stratégies Madagascar devrait-il adopter pour que l’ensemble de la population accède à l’eau potable ?

En raison de la situation géographique de l’île, la pluviométrie explique la mauvaise répartition de l’eau. Dans la partie orientale, la hauteur des précipitations arrive jusqu’à 3 000 mm alors que dans les régions du Sud, elle n’est que de l’ordre de 600 mm. Il importe de savoir rééquilibrer la répartition par guidage en pipeline par exemple. Cela commence par l’exploitation des ressources disponibles en surface ainsi que des eaux souterraines. On constate actuellement le tarissement de ces sources et il convient d’inventorier les besoins de la population site par site, endroit par endroit. Parfois, nous ne savons pas gérer le trop plein alors qu’on peut le capter, le stocker pour l’agriculture, l’élevage et la pisciculture. Lorsque viendra la période sèche, la population, les cultures et le bétail ne souffriront pas du manque d’eau.

. Cela présume-t-il une bonne éducation de masse ?

Nous ne devons pas gaspiller l’eau. En zone urbaine, une personne utilise 200 litres d’eau par jour. Pourtant, dans le Sud elle n’a droit qu’à un litre d’eau par jour. La population a intérêt à adopter des méthodes de rationnement et de gestion rationnelle en employant un robinet ou une pomme de douche. On remarque également une fuite d’eau considérable à cause de la vétusté du réseau de distribution ainsi que de la pratique illégale du trafic d’adduction où certaines personnes connectent leur tuyau sur la conduite principale.

. En parlant de l’assainissement, il y a eu la vaste campagne de sensibilisation pour lutter contre la défécation à l’air libre, que peut-on dire sur son efficacité ?

La campagne sans défécation à l’air libre a donné de bons résultats, surtout en milieu rural où les habitants ont montré leurs efforts. Cependant, dans certaines localités, à savoir à Belo-sur-Tsiribihina dans le Menabe, l’usage de latrines ne fait pas du tout partie des habitudes de la population locale. Elle se montre réticente lorsque vous lui faites part des bienfaits de l’utilisation des latrines du point de vue économique et sanitaire.

 . La semaine dernière, WaterAid a lancé le rapport mondial « Partout et pour tous », la situation mondiale influe-t-elle sur celle de Madagascar ?

Le rapport parle du secteur EHA sur le plan mondial. Il dévoile que 2,4 milliards de personnes n’accèdent pas au système d’assainissement adéquat et 800 millions d’autres à l’eau potable malgré les efforts entrepris. Compte tenu de ce problème, les OMD sont loin d’être atteints. Voilà pourquoi, l’objectif s’articule avec une nouvelle vision d’accorder quinze autres années à tous les pays afin d’assurer l’accès universel à l’eau potable, à l’assainissement et à l’hygiène en faveur de chaque ménage, de chaque école et de chaque centre de santé. A mon avis, le développement durable exige les trois éléments suivants : la voie de communication, l’eau potable et l’énergie car sans cela, n’importe quel endroit ne parviendra pas à offrir l’épanouissement et le bien-être à ses habitants. En somme, ces trois éléments doivent être à la fois accessibles et disponibles.

. Le changement climatique est devenu une préoccupation planétaire. Quelles mesures Madagascar devra-t-il prendre pour que ce fait n’ait pas de mauvaise répercussion sur le secteur EHA ?

Le changement climatique décrit le phénomène compliqué d’émission de gaz à effet de serre. La séquestration de carbone s’opère à travers la reforestation. Les actions préventives se basent ainsi sur la régénération de toutes les forêts en partant des bassins versants. De plus, il est primordial de mettre en terre des plants qui préservent les eaux souterraines au niveau des bassins de captage, et d’éviter l’eucalyptus qui absorbe l’eau et le pin qui est une espèce envahissante détruisant l’écologie environnante des sources d’eau.

Profil. Economiste engagé

Lovy Hervet Rasolofomanana, économiste de formation, est spécialisé dans l’économie monétaire.Pourtant, les questions de « bon de trésor par adjudication » n’avaient rien à voir avec son parcours professionnel car il travaillait dans un projet de développement en s’occupant des familles en situation difficile, vulnérables et pauvres. Il est intervenu dans le domaine de la santé, de l’éducation, des infrastructures, des finances et de la sécurisation foncière. Il n’a jamais pensé à œuvrer pour le secteur EHA et a atterri dans cette branche par accident. Le fait du hasard l’a métamorphosé et il est devenu une nouvelle personne, engagée et passionnée, consciente que l’EHA est vital pour chaque individu.

Propos recueillis par  Farah Randrianasolo

Lu sur l'Hebdo de Madagascar

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