Jean Nirina Rafanomezantsoa

« L’exode urbain, un modèle de réconciliation nationale »

Comment cette idée d’exode urbain vous est-elle venue à l’esprit ?
Durant les cinq années d’existence de l’association, des gens sont venus nous voir pour nous parler de leurs problèmes, tels que le litige foncier, la violence conjugale, l’insalubrité, le chômage. Les résultats d’une enquête sociale menée en 2010 nous ont révélé que 92% de Malgaches vivent dans la pauvreté. Nous avons décidé de lutter contre l’inégalité sociale en exploitant les richesses locales et les terres qui sommeillent. Nous étions à la recherche de solutions légitimes et au fil des ans, nous sommes parvenus aux solutions légales. D’où la création d’une nouvelle ville qui sera animée par l’argent, la mondialisation et la solidarité.

Quel est le principal objectif du programme ?
L’association veut que tous les Malgaches deviennent des propriétaires terriens légaux. Nous prônons la solidarité et l’harmonie, et l’exode urbain renvoie l’image de la solidarité nationale. Cette nouvelle ville abrite toutes les ethnies de Madagascar, ne discrimine aucune origine, ni religion, ni foi. Dans cette ville, tout le monde est appelé à respecter la culture des autres.

Comment avez-vous pu accéder au terrain ?
Des paysans ont aménagé un terrain de 120 hectares. Ils n’ont pas encore obtenu un titre foncier. Nous en avons profité pour tout racheter et nous finalisons actuellement l’acte de vente. Nous sommes en train de négocier avec le ministère de l’Aménagement du territoire pour qu’il facilite l’octroi de titres et s’il le faut, aux prochains bénéficiaires, à partir de 2015, il sera demandé de verser des taxes foncières à l’administration.

Quelles sont les conditions requises pour que l’association valide une demande ?
Avant tout, il faut préciser qu’aucun bailleur de fonds, ni politicien, ni l’État ne finance ce programme. Tout vient de la contribution des membres de l’association qui est d’Ar 2 400 pour l’adhésion annuelle, Ar 20 000 à titre de frais de communication, Ar 50 000 affectés au transport collectif et Ar 60 000 pour l’aménagement. Nous avons lancé des appels d’offres et trois cent cinquante-et-une personnes y ont répondu. La deuxième vague a vu la participation de mille quatre cents personnes.

Qui peut acquérir le terrain ?
Tous sans exception. Des généraux, des colonels, des magistrats, des commissaires de police, des médecins, des enseignants tirés au sort ont déjà eu leur part, tout comme les marchands ambulants et les sans-emploi qui veulent être propriétaires d’une terre et d’une maison. Nous exigeons que le bénéficiaire s’engage par écrit à ne vendre aucune parcelle de sa propriété. De plus, il doit préciser quel genre d’activité ou de projet il souhaite établir car seuls les oisifs et les paresseux volent.

Qu’en est-il des autres localités ?
Nous nous focalisons d’abord sur Soaniadanana. Les points forts, les lacunes et les expériences de ce modèle serviront dans d’autres villes. L’État n’a pas pu aboutir à son programme de déplacement, de relocalisation et de création d’une nouvelle ville, car il a privilégié les hauts fonctionnaires et ceux qui en ont les moyens. Notre programme approuve la fusion de toutes les couches sociales car sans solidarité, personne n’atteindra le développement. Antsirabe et Toamasina exécutent le même programme et d’autres villes seront créées à Betsizaraina, Andramasina, Soavinandriana et Imerin­tsiatosika.

Quelles activités les habitants vont-ils développer dans la nouvelle ville ?
L’étape suivant la construction consiste à mettre en place une vitrine de l’agriculture, de l’élevage et de l’artisanat. Le contrat stipule que chaque propriétaire s’attèle à une activité. Des formations en cascades se poursuivent pour que les sans-emploi puissent être orientés vers une filière. Chaque famille se préoccupera de ses revenus et nous lui recommandons de ne jamais penser au prêt bancaire qui constitue un piège. En ce moment, nous produisons du piment « pilokely » et du pok-pok afin de satisfaire les 60 tonnes de commandes prévues pour les Seychelles, Comores et Maurice. Par ailleurs, nous écoulons sur le marché local des épices de la marque Royal qui valorisent le carry, le gingembre en poudre et l’oignon séché.

Propos recueillis par Farah Randrianasolo

(lu sur l'hebdo de Madagascar)

 

 


Par : Farah Randrianasolo

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